
La campagne électorale thaïlandaise n’échappe pas à son éternel serpent de mer : l’achat de voix. Mais cette fois, c’est le montant qui fait débat. Un sondage national mené par le JSCCIB et le groupe Zero Corruption a relayé la perception que certains électeurs pourraient recevoir jusqu’à 7 500 bahts en échange de leur vote dans la région de Bangkok. De quoi faire bondir Thammanat Prompao, chef de facto du Kla Tham Party, qui juge ces chiffres tout simplement irréalistes.
Selon lui, une circonscription compte entre 20 000 et 30 000 électeurs. À 7 500 bahts chacun, la facture dépasserait les 150 millions de bahts par district. « Financièrement impossible », tranche-t-il, minimisant l’impact que de telles pratiques pourraient avoir sur le scrutin. Thammanat qui s’y connaît en malversation, puisqu’il a passé quelques années dans les prisons australiennes pour trafic de drogue, oublie que les hommes politiques ne sont pas censés acheter tous les votes de leur circonscription.
Le sondage, basé sur plus de 4 800 réponses, montre pourtant que 42 % des personnes interrogées s’attendent à un vote massivement influencé par l’argent. Les plafonds perçus varient : 5 000 bahts dans le Nord et le Sud, 3 000 dans l’Est. Mais il s’agit bien de perceptions, pas de preuves tangibles. D’ailleurs, l’achat de votes ne fonctionne que si un seul candidat s’y adonne. Que se passe-t-il si un électeur est sollicité par deux candidats ? Ne devrait-il pas prendre l’argent deux fois et voter un troisième ?
C’est là qu’intervient Abhisit Vejjajiva, leader du Parti démocrate. En campagne à Samut Sakhon, il a exhorté la Commission électorale (EC) à agir avant le jour du vote. Trop souvent, dit-il, les enquêtes commencent après coup, quand les sièges sont déjà pourvus et que les témoins se font rares. Pour lui, seule une intervention précoce peut dissuader les fraudeurs.
Autre inquiétude : la demande faite aux électeurs de photographier leur bulletin comme preuve de conformité. Malgré l’interdiction formelle de prendre des photos dans l’isoloir, les téléphones portables restent autorisés dans les bureaux de vote, compliquant la surveillance. Les photos ne sont pas des preuves intangibles. Abhisit appelle quand même à un contrôle renforcé.
Historiquement, les montants observés étaient bien plus modestes : entre 500 et 1 000 bahts par voix, parfois jusqu’à 3 000. Le chiffre de 7 500 bahts apparaît donc comme une inflation spectaculaire… ou une rumeur amplifiée par la défiance ambiante.
Quoi qu’il en soit, le débat illustre une constante de la politique thaïlandaise : la suspicion d’achat de voix plane sur chaque scrutin. Et si les sommes évoquées relèvent peut-être de la fantaisie, elles rappellent surtout que la confiance dans le processus électoral reste fragile.



