
À 17 jours des élections générales, la bataille politique s’intensifie en Thaïlande. Trois grands partis – People’s Party, Bhumjai Thai et Pheu Thai – se disputent les 500 sièges de la Chambre, mais aucun ne semble en mesure d’atteindre la majorité absolue. Les sondages se multiplient et dessinent un paysage fragmenté, où le rôle des coalitions sera décisif.
Le dernier sondage d’une grande université place le Bhumjai Thai en nette progression : 140 à 150 sièges, contre 100 à 120 lors de la projection du 14 décembre 2025. Le People’s Party recule légèrement, avec 120 à 130 sièges contre 120 à 150 auparavant. Le Pheu Thai progresse modestement, attendu entre 100 et 120 sièges, contre 90 à 110 précédemment. Selon Suvicha Pouaree, directeur du Nida Poll Centre, la dynamique est claire : « Le Bhumjai Thai est en pleine ascension. Les indécis sont tombés à moins de 8 %, ce qui est insuffisant pour bouleverser la tendance. »
Face à ces chiffres, le Premier ministre par intérim et chef du Bhumjai Thai, Anutin Charnvirakul, multiplie les rassemblements. À Nakhon Phanom, il a martelé un discours aux accents guerriers : « Nous protégeons notre souveraineté. Avons-nous envahi leur territoire ? Jamais. Ont-ils tiré les premiers ? Oui. Quand nous ripostons, on nous accuse de violence. Mais nous ne laisserons personne nous piétiner. » Une rhétorique martiale qui revient sans cesse dans ses interventions, où il oppose courage et menace, insistant sur l’idée que la Thaïlande doit se défendre comme dans une guerre.
Dans le même temps, le King Prajadhipok’s Institute a publié son enquête nationale sur le futur Premier ministre. Résultat : 26,2 % des sondés estiment qu’aucun candidat n’est adapté. Parmi les noms cités, Natthaphong Rueangpanyawut (People’s Party) arrive en tête avec 18,8 %, suivi d’Anutin à 16,9 %, puis Yodchanan Wongsawat (Pheu Thai) à 10,9 % et Abhisit Vejjajiva (Democrat) à 10,2 %. Les générations se divisent : les jeunes (Gen Z et Gen Y) plébiscitent Natthaphong, tandis que les plus âgés (Gen X et Baby Boomers) se tournent vers Anutin.
Autre enseignement : les politiques populistes d’allocations spéciales aux citoyens ne convainquent pas. Une majorité de Thaïlandais affirme que ces mesures n’influencent pas leur vote : 55,3 % dans le Nord, 54,5 % dans le Nord-Est, 70,2 % dans le Centre, 72,5 % dans l’Est et 80,5 % dans le Sud.
Le parti Bhumjai Thai a été le principal bénéficiaire de dons aux partis politiques en novembre 2025, récoltant 58 millions de bahts auprès de 109 donateurs, selon les chiffres publiés par la Commission électorale (CE). Le Parti du Peuple arrive second avec un seul million. Cela prouve, s’il en était besoin, que le Bumjaithai est « le parti des riches conservateurs ».
Dans ce climat tendu, Anutin continue de se présenter comme le garant de la stabilité et de la fermeté. Ses références répétées à la guerre et à la défense nationale visent à séduire un électorat inquiet, alors que les sondages confirment sa montée en puissance. Une escarmouche qui surviendrait inopinément quelques jours avant le scrutin aiderait encore plus Anutin.
Mais avec trois partis incapables d’atteindre seuls la majorité, la véritable bataille se jouera après le scrutin, dans les négociations de coalition.



