
À la suite de la destitution de Paetongtarn Shinawatra par la Cour constitutionnelle pour faute éthique (lire les articles précédents) le paysage politique thaïlandais connaît un nouveau bouleversement. Anutin Charnvirakul, chef du parti Bhumjaithai, a annoncé son intention de former un gouvernement de transition, affirmant disposer du soutien de plus de 280 députés (dont les 143 du Parti du Peuple), soit une majorité parlementaire.
Pour obtenir l’appui du Parti du peuple, principal parti d’opposition, Anutin a accepté ses conditions dont dissoudre la Chambre dans les quatre mois suivant l’annonce des politiques gouvernementales et organiser un référendum pour rédiger une nouvelle constitution.
Ce futur gouvernement se veut temporaire et centré sur la résolution des tensions politiques et frontalières, ainsi que sur la réforme institutionnelle. Anutin promet de « rendre le pouvoir au peuple » par des élections anticipées une fois les priorités établies.
Parallèlement, le Premier ministre par intérim Phumtham Wechayachai tente de maintenir l’unité au sein de l’actuelle coalition Pheu Thai, affirmant que Chaikasem Nitisiri reste leur candidat au poste de Premier ministre. Une réunion spéciale du Cabinet aura lieu dans les heures qui viennent. Phumtham affirme accepter aussi les conditions exigées par le Parti du Peuple. Il ne désespère pas de voir le Pheu Thai rester au pouvoir.
À l’heure où Anutin Charnvirakul, chef du Bhumjaithai, annonce la formation d’un gouvernement de transition, plusieurs éléments rappellent la faiblesse politique et les controverses entourant son personnage et son parti.
Lors des législatives de mai 2023, le Bhumjaithai a remporté seulement 2,99 % des voix, soit 1 138 202 suffrages, pour un total important de 71 sièges dans la Chambre des représentants, grâce à une bonne implantation dans certaines régions. Ce score modeste souligne cependant l’importance limitée du parti sur l’échiquier politique.
Par ailleurs, en tant que ministre de la Santé publique de 2019 à 2023, Anutin a été au centre de critiques sur la gestion de la vaccination contre le Covid-19. Des observateurs ont évoqué des retards dans l’acquisition des vaccins en raison de luttes de pouvoir. Anutin a semblé privilégier un vaccin chinois -dans lequel le plus gros conglomérat de Thaïlande possédait des parts- avant de finalement accepter de commander des vaccins efficaces.
De plus, le fondateur et patron de facto du Bumjaithai, Newin Chidchob, est impliqué dans la mainmise illégale de 800 ha appartenant à la Société des Chemins de fer à Buriram.
Enfin, le Bhumjaithai est au cœur d’un scandale d’ampleur autour des élections sénatoriales de 2024. En effet, la Commission électorale (EC) et le Department of Special Investigation (DSI) mènent des enquêtes ayant conduit à l’accusation de 229 individus, dont des cadres et élus du parti, pour fraudes électorales prouvées et blanchiment de fonds destinés à acheter des voix. Ce dossier pourrait déboucher sur une demande de dissolution du parti devant la Cour constitutionnelle, comme ce fut le cas pour des partis opposés au « régime » dont ceux dirigés par Thaksin Shinawatra ou les partis progressistes.
Au vu de la jurisprudence de dissolutions antérieures, il existe un sentiment de logique juridique à ce que le Bhumjaithai soit prochainement dissout. Heureusement pour Anutin, le Bumjaithai semble bénéficier du soutien du « régime », soit la « justice », les « élites de Bangkok » et l’armée.
Dans ce climat politique incertain, le site de la Chambre des représentants a annoncé une session parlementaire spéciale du 3 au 5 septembre, consacrée à la désignation du 32e Premier ministre de Thaïlande. Une échéance décisive pour l’avenir du pays.