Piste d'essai des véhicules électriques à Rayong
La Thaïlande, déjà engagée dans une transition vers les véhicules électriques (EV), voit émerger un nouveau défi : l’intégration des technologies autonomes. Les véhicules autonomes (AV), combinant propulsion électrique et intelligence artificielle, sont perçus comme la prochaine révolution de la mobilité. Pour les industriels, cette convergence est inévitable et pourrait transformer la logistique, réduire les accidents et répondre aux pénuries de main-d’œuvre dans une société vieillissante.
Premiers pas institutionnels
Le gouvernement thaïlandais a commencé à poser les bases. Le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Science, de la Recherche et de l’Innovation a lancé, en partenariat avec des constructeurs internationaux, le projet CAV Proving Ground dans le corridor économique de l’Est à Rayong. Ce site d’essai permet de tester capteurs, systèmes de communication et fonctions de conduite autonome dans des conditions sécurisées. Il est conçu pour supporter les niveaux 3 à 5 de l’échelle SAE, allant de l’autonomie conditionnelle à la conduite totalement indépendante.
Rappel des 6 niveaux de l’échelle de l’autonomie (SAE J3016)
- Niveau 0 (Aucune automatisation) : Le conducteur effectue toutes les tâches de conduite (ex: régulateur de vitesse simple).
- Niveau 1 (Assistance au conducteur) : Le système assiste soit à la direction, soit au freinage/accélération (ex: régulateur de vitesse adaptatif).
- Niveau 2 (Automatisation partielle) : Le système gère simultanément la direction et le freinage/accélération, mais le conducteur doit rester vigilant et prêt à reprendre le contrôle (ex: Tesla Autopilot, GM Super Cruise).
- Niveau 3 (Automatisation conditionnelle) : Le véhicule gère la conduite dans certaines conditions (ex: autoroute), mais le conducteur doit être prêt à reprendre la main quand le système le demande (ex: Mercedes Drive Pilot).
- Niveau 4 (Automatisation élevée) : Le véhicule gère la conduite dans des zones géographiques ou des conditions spécifiques sans intervention humaine (ex: Robotaxis).
- Niveau 5 (Automatisation complète) : Le véhicule est entièrement autonome dans toutes les conditions, sans besoin de conducteur humain
Selon Wannee Nonsiri, inspectrice générale du ministère, cette infrastructure est une pierre angulaire pour préparer les ingénieurs thaïlandais et garantir que les véhicules produits localement répondent aux standards internationaux. Le projet s’inscrit dans la stratégie “30@30”, qui vise à ce que 30 % de la production automobile nationale soit électrique d’ici 2030, soit 725 000 voitures zéro émission, 675 000 motos électriques et 34 000 bus et camions électriques.
Une dynamique régionale et industrielle
Les constructeurs japonais, comme Yamaha, jouent un rôle moteur. Lors du Japan Mobility Show 2025, Yamaha a présenté plusieurs prototypes, dont le MOTOROiD, une moto électrique capable de s’équilibrer et de collecter des données pour améliorer ses performances. Pour Panupol Kittikamron, directeur commercial de Yamaha Motor Thaïlande, ces innovations répondent aux évolutions urbaines et aux besoins d’efficacité énergétique.
Obstacles et réalités locales
Malgré ces avancées, la Thaïlande n’est pas encore prête pour un déploiement massif. Surapong Paisitpatanapong, vice-président de la Fédération des industries thaïlandaises, souligne que les infrastructures et le cadre légal restent insuffisants. Le comportement des conducteurs, souvent peu respectueux des règles (sic !), complique aussi l’intégration des AV dans le trafic quotidien. Pour l’instant, ces technologies semblent mieux adaptées à des environnements contrôlés, comme les campus ou les zones industrielles.
Une transition progressive
La croissance rapide des véhicules électriques crée toutefois un terrain favorable. Entre janvier et novembre 2025, les ventes de BEV ont dépassé les 100 000 unités, après 96 736 en 2024. Cette dynamique montre que les consommateurs thaïlandais sont ouverts aux nouvelles mobilités. L’intégration de l’autonomie pourrait optimiser encore l’efficacité énergétique, notamment grâce à une gestion intelligente du freinage régénératif.
En somme, la Thaïlande avance vers l’ère des véhicules autonomes, mais la route reste longue. Les infrastructures, la réglementation et le comportement des usagers devront évoluer pour que cette révolution technologique devienne réalité.



