
Le ministre de l’Intérieur Anutin Charnvirakul a admis avoir accompagné dimanche le fondateur de son parti (Bumjaithai), Newin Chidchob, jusqu’au manoir de l’ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra. Anutin, qui est maintenant le chef de Bhumjaithai, a déclaré que la rencontre, fort sympathique selon lui, avait eu lieu à l’occasion du 66e anniversaire de Newin. Cependant, il a refusé de révéler ce dont les deux hommes avaient discuté .
Newin a thrahi Thaksin en 2008 lorsque « ses » 23 députés » ont tourné casaque pour soutenir le Parti démocrate et aider Abhisit Vejjajiva à devenir Premier ministre. Cela avait été appelé un « coup d’état parlementaire » fortement commandité par l’armée.
Anutin a également rejeté les spéculations selon lesquelles il allait partager le pouvoir avec la Première ministre Paetongtarn Shinawatra. « Impossible », a-t-il répondu « Je fais de mon mieux pour servir la politique de Paetongtarn… Désormais, Bhumjaithai travaille pleinement pour ce gouvernement. »
La suite prouve que c’est faux.
De son côté, le vice-président du Parti du Peuple, Rangsiman Rome, a suggéré que cette rencontre Thaksin – Newin pourrait marquer un changement dans le paysage politique. Il a noté que Newin avait déjà exprimé le souhait qu’Anutin devienne Premier ministre. Rangsiman a souligné que Bhumjaithai prenait de plus en plus de place au sein du gouvernement, influençant de nombreuses décisions, en particulier dans le processus de réécriture de la constitution.
Le Bhumjaithai plus par opportunisme que par conviction est devenu l’outil du Régime pour lutter contre une nouvelle constitution plus démocratique. Le Bhumjaithai, qui ne représente presque rien dans les élections au suffrage universel, s’est débrouillé pour prendre en main le Sénat alors que les élections sénatoriales ne devaient pas être politisées.
Le Sénat et l’Assemblée se battent autour de la réécriture de la constitution. L’assemblée a rejeté la proposition du Sénat qui avait rejeté la proposition de l’Assemblée. Pour preuve de l’appartenance du Bumjaithai au camp du Régime, ses députés n’ont pas voté comme les autres députés mais comme les sénateurs.
L’enjeu est simple : le pouvoir des « institutions indépendantes » qui ne le sont pas actuellement. Bumjaithai ne veut rien changer ce qui permet de dissoudre les partis facilement. Pheu Thai et les progressistes voudraient un fonctionnement plus démocratique.
Les procédurier continuent de porter plainte, ce qui permettra, le moment venu au régime via la cour constitutionnel de démettre Paetongtarn ou dissoudre le parti. Le prétexte importe peu.
Le Parti Palang Pracharath (PPRP, pro-armée, tendance Prawit) maintenant dans l’opposition a critiqué la nomination de Nattawut Saikuar comme conseiller politique de Paetongtarn Shinawatra, tandis que le procédurier Ruangkrai Leekitwattana, membre du PPRP, a déposé une pétition contre Paetongtarn concernant les nominations de Nattawut et d’un autre Surapong Suebwonglee.
Le lieutenant-général Piya Tawichai, porte-parole du PPRP, a souligné que Nattawut, ancien dirigeant des Chemises rouges, a été condamné à 2 ans de prison pour avoir dirigé une manifestation en 2007. Le nommer pourrait être anticonstitutionnel. La pétition de Ruangkrai ressemble à celle de Piya. Ils affirment que Paetongtarn se trouve dans la même position de Srettha et doit être démise.
Pour faire bonne mesure, six plaintes différentes ont été déposées ce jeudi matin pour dissoudre le parti au pouvoir Pheu Thai et contre Thaksin. Les 5000 pages de dossier ont été déposées par M. Teerayut Suwannakesorn le procédurier qui a obtenu la dissolution du parti Move Forward. Ainsi, même si ces procéduriers ressemblent à des clowns, ils sont capables de faire dissoudre n’importe quel parti.
Enfin, Paiboon Nititawande, toujours PPRP, porte plainte contre le Pheu Thai et Thaksin pour « haute trahison ».
On ne sait pas précisément si, au cas où Paetongtarn soit révoquée, le PPRP soutiendra son président cacochyme Prawit Wongsuwan au poste de premier ministre ou si toute cette agitation a effectivement pour but d’amener Anutin dans le fauteuil très convoité.