Sur ces photos, les soldats thaïlandais semblent piller les maisons de Cambodgiens.
Les tensions frontalières entre le Cambodge et la Thaïlande ne faiblissent pas, malgré la trêve conclue fin décembre pour mettre fin aux affrontements meurtriers. Phnom Penh accuse désormais Bangkok d’avoir profité de l’accalmie pour occuper plusieurs zones contestées, tandis que des témoignages d’habitants font état de maisons saccagées et de biens confisqués.
Selon le ministère cambodgien de l’Intérieur, des familles revenues dans leurs villages d’Oddar Meanchey ont découvert des soldats thaïlandais installés dans leurs habitations. Les hommes auraient été refoulés, les femmes autorisées à entrer brièvement pour récupérer quelques effets personnels, alors que la plupart des biens de valeur avaient disparu. Dans la province de Pursat, huit maisons auraient été forcées, avec la saisie de motos et d’équipements communautaires.
L’armée thaïlandaise parle de saisie et non de pillages et affirme que les civils cambodgiens pourront récupérer leurs biens s’ils ont une preuve de propriété. On ne sait pas à l’initiative de qui ont eu lieu ces saisies – pillages : les soldats de manière individuelle ou l’armée thaïlandaise elle-même. On ne connaît pas non plus le but recherché.
Phnom Penh dénonce une violation flagrante de sa souveraineté. Kin Phea, directeur de l’Institut des relations internationales du Cambodge, estime que ces incursions sapent la confiance bilatérale et menacent la stabilité régionale. Le géopoliticien Thong Mengdavid rappelle que la Charte des Nations unies interdit toute entrée militaire non autorisée sur le territoire d’un autre État, même dans les zones disputées, et appelle à privilégier les mécanismes conjoints de gestion des frontières.
La situation est particulièrement tendue dans la province de Banteay Meanchey. Les autorités locales affirment que quatre villages ont été entourés, par l’armée thaïlandaise, avec barbelés, conteneurs bloquant les routes et véhicules blindés patrouillant. Plus de 6 000 habitants seraient concernés, certains ayant trouvé des engins explosifs non désamorcés près de leurs maisons.
Le ministère cambodgien des Affaires étrangères a exigé le retrait immédiat des troupes thaïlandaises et la fin des activités militaires hostiles. Phnom Penh accuse Bangkok de violer les accords bilatéraux, les conventions internationales et l’esprit du cessez-le-feu signé le 27 décembre. La Thaïlande rejette ces accusations, affirmant que ses forces opèrent dans des zones historiquement thaïlandaises et qu’elles n’ont jamais franchi la souveraineté d’un autre pays.
Sur le terrain, les tensions se traduisent aussi par des mouvements de populations. Le Cambodge a rapatrié 162 ressortissants thaïlandais bloqués lors des affrontements, tandis que les autorités thaïlandaises ont arrêté 67 Cambodgiens tentant de franchir clandestinement la frontière pour trouver du travail. Ces épisodes illustrent la fragilité des communautés vivant dans les zones disputées, prises en étau entre les deux armées.
Les analystes avertissent que, sans une démarcation claire de la frontière et un renforcement des mécanismes conjoints, de nouveaux incidents sont inévitables. Pour l’heure, la trêve ressemble davantage à une pause précaire qu’à une véritable résolution. La communauté internationale est appelée à soutenir un règlement pacifique, mais sur le terrain, la méfiance et les accusations mutuelles dominent encore.



