Superbe YOTHI. Comme il s'agit d'un espace de santé, les victimes de son effondrement seront déjà sur place.
L’entreprise Italian-Thai Development Plc (ITD) est de nouveau sous le feu des projecteurs. Selon les données de la Bourse de Thaïlande, le géant du BTP a obtenu en 2025 pas moins de sept contrats publics d’une valeur totale de plus de 26 milliards de bahts, malgré un lourd passif marqué par des accidents mortels.
Deux drames en janvier 2026
La polémique s’est intensifiée après deux tragédies survenues coup sur coup en janvier. Le 14, dans le district de Sikhio (Nakhon Ratchasima), une grue d’un chantier de ligne ferroviaire à grande vitesse s’est effondrée sur un train de passagers, faisant 32 morts et de nombreux blessés. Le lendemain, sur la très fréquentée Rama II Road à Bangkok, une grue et des segments de béton se sont abattus sur des véhicules, tuant deux personnes et en blessant deux autres. Dans les deux cas, ITD était l’entreprise en charge des travaux.
Réaction immédiate du gouvernement
Face à l’émotion suscitée, le Premier ministre par intérim Anutin Charnvirakul a ordonné la résiliation d’au moins deux contrats de l’entreprise, l’ouverture de poursuites judiciaires et son inscription sur liste noire. Le ministre des Transports par intérim, Phiphat Ratchakitprakarn, a indiqué que dix autres projets étaient suspendus dans l’attente d’enquêtes.
Un lourd passif
ITD n’en est pas à ses premiers déboires. Entre 2021 et 2024, plusieurs effondrements sur le chantier de la route surélevée Rama II avaient coûté la vie à huit ouvriers. En 2017, un accident sur la ligne ferroviaire Red Line avait fait trois morts. Plus récemment, le 28 mars 2025, l’entreprise était impliquée dans la construction du bâtiment de la State Audit Office ou Cours des Comptes (SAO), réalisé en partenariat avec CREC No.10. L’édifice s’est effondré après un séisme en Birmanie, provoquant la mort de 95 personnes.
Des contrats majeurs malgré les controverses
Malgré ce passif, ITD a continué à engranger des contrats publics en 2025. Le plus important concerne la construction de la deuxième piste et des voies de circulation de l’aéroport international U-Tapao, pour un montant de 13,14 milliards de bahts. Viennent ensuite le projet du Ramathibodi Hospital et du Yothi Innovation District sur Rama 3 (9,99 milliards), ainsi que les travaux de prévention de l’érosion côtière à Bang Khun Thian, cette zone de mangrove faisant partie de Bangkok tout en jouxtant la mer (1,62 milliard).
Parmi les autres projets figurent le pont Kiak Kai sur le Chao Phraya, en face du Parlement (875 millions), des travaux de conduits électriques souterrains (252 millions), un chantier de conduites d’eau (104,74 millions) et des conduits de télécommunications (9,8 millions).
Une confiance ébranlée
Ces révélations relancent le débat sur la transparence des appels d’offres et la responsabilité des entreprises dans les grands projets publics. Alors que la Thaïlande cherche à moderniser ses infrastructures, la question de la sécurité et de la gouvernance reste centrale. Pour les familles des victimes, la répétition des drames illustre un système défaillant où les sanctions tardent à produire des effets. Le public peut même se demander si les sanctions n’en restent pas à l’état d’effet d’annonce.
Le gouvernement promet désormais une enquête approfondie et des mesures strictes pour éviter que de tels accidents ne se reproduisent. Mais la confiance du public et des investisseurs envers ITD semble sérieusement compromise.



