La Thaïlande affiche des taux de croissances de pays déjà riches alors qu'elle ne l'est pas encore.
La Thaïlande s’enfonce dans le ralentissement. Selon le dernier rapport du FMI publié hier, la croissance du royaume ne dépassera pas 1,6 % cette année, avant un léger rebond à 2,2 % en 2027. À titre de comparaison, les voisins directs affichent des performances bien plus solides : Philippines 5,6 % en 2026 et 5,8 % en 2027, Indonésie 5,1 % les deux années, Malaisie 4,3 % les deux années alors qu’il s’agit d’une économie mature, tandis que l’ensemble de l’ASEAN devrait croître de plus de 4,2 % en 2026 et 4,4 % en 2027. En résumé, la Thaïlande tire l’ASEAN vers le bas.
Ce décrochage n’est pas seulement conjoncturel. Il reflète des blocages structurels que Bangkok refuse de traiter. D’abord, l’instabilité politique persistante : les évictions de Premiers ministres et de partis politiques populaires ainsi que les tensions entre factions militaires et civiles freinent la confiance des investisseurs. Alors que le FMI souligne une reprise mondiale portée par l’intelligence artificielle et la réorganisation des chaînes d’approvisionnement face aux tarifs américains, la Thaïlande reste engluée dans ses querelles internes.
Autre handicap majeur : le refus d’améliorer l’enseignement et la formation professionnelle. Le pays peine à adapter sa main-d’œuvre aux nouvelles technologies et aux besoins industriels. Les jeunes diplômés se retrouvent souvent surqualifiés pour des emplois précaires ou, à l’inverse, insuffisamment formés pour les secteurs porteurs. Résultat : une économie incapable de profiter pleinement des investissements régionaux et des accords commerciaux.
Un récent rapport publié par Microsoft (12 janvier) montre que des pays comme Singapour (2e mondial avec un score de 60 %) ont déjà adopté l’IA, mais la Thaïlande ne s’y est mise qu’à 10 – 19 %. Le Vietnam est déjà devant avec un score compris en 20 et 29 %. Les pays francophones font partie des bons élèves (France 5e avec 44 %), la Belgique, le Canada et la Suisse sont 13, 14 et 15e.
Enfin, la priorité donnée à la confrontation militaire avec le Cambodge détourne de considérables ressources thaïlandaises et vire à l’obsession. Cette stratégie, présentée comme la défense de chaque mètre carré de territoire de la patrie, laisse les investisseurs perplexes et accentue l’image d’un pays instable.
Le contraste avec la dynamique régionale est saisissant. Le FMI prévoit une croissance mondiale de 3,3 % en 2026 et 2027, dopée par l’innovation et la diversification des marchés. Même face aux tensions commerciales entre Washington et Bruxelles, de nombreux pays parviennent à tirer parti de nouvelles opportunités. La Thaïlande, elle, reste à l’écart, incapable de transformer ses atouts touristiques et industriels en moteur durable. Les chiffres des arrivées de touristes étrangers en 2026 s’annoncent mauvais.
À Bangkok, certains économistes tirent la sonnette d’alarme : sans réforme de l’éducation et sans apaisement politique, le pays risque de s’installer durablement dans le bas du tableau régional. Pour une nation longtemps considérée comme un pilier de l’ASEAN, le constat est sévère : la Thaïlande n’avance plus, et le monde, lui, continue de tourner.



