
La Première ministre thaïlandaise Paetongtarn Shinawatra a été officiellement destituée ce vendredi 29 août par la Cour constitutionnelle, qui l’a reconnue coupable de manquements éthiques graves. En cause : une conversation controversée avec l’ancien Premier ministre cambodgien Hun Sen, sur fond de graves tensions à la frontière entre les deux pays. Dans cet échange, Paetongtarn aurait tenu des propos jugés trop conciliants, qualifiant Hun Sen d’« oncle » et un commandant thaïlandais d’« adversaire », ce qui a provoqué une vive réaction dans les rangs militaires et politiques.
On notera que, pour Hun Sen, ce verdict représente une sorte de victoire.
S’exprimant depuis le Siège du gouvernement, Paetongtarn a déclaré respecter la décision du tribunal tout en affirmant avoir toujours agi dans l’intérêt du peuple thaïlandais. Elle a appelé à l’unité nationale et à la stabilité politique, tout en assurant qu’elle continuerait à soutenir moralement ceux qui prendront la relève.
Cette destitution marque un nouvel épisode dans l’histoire mouvementée du parti Pheu Thai, dont plusieurs Premiers ministres ont été renversés depuis 2006. Les partisans de Paetongtarn, notamment les « chemises rouges », ont exprimé leur tristesse, certains en larmes, tandis que le dernier candidat du parti, Chaikasem Nitisiri, reçoit désormais leur soutien.
Selon la constitution, le Premier ministre est à choisir parmi ceux proposés par les partis en 2023. Il ne reste que trois personnalités éligibles, Chaikasem Nitisiri, Anutin Charnvirakul et Prayut Chan-o-cha. Les partis des deux derniers ont largement perdu ces élections.
Face à cette crise, le parti d’opposition People’s Party réclame des élections anticipées. Il refuse de participer à un gouvernement formé sans dissolution de la Chambre et s’oppose fermement à la candidature du général Prayut Chan-o-cha, auteur du coup d’État de 2014. Pour envisager un soutien à Anutin, le parti exige un engagement clair : organiser un référendum constitutionnel et convoquer de nouvelles élections dans les quatre mois après la mise en place du gouvernement provisoire.
Anutin bénéficierait du soutien du « régime » et surtout celui du Sénat. Il est accusé d’avoir organisé, avec d’autres cadres du Bamjaithai, la fraude massive lors des élections sénatoriales de 2024.
De nouvelles élections ne bénéficieraient pas forcément au Parti du Peuple, en tête des sondages. En période de « drôle de guerre », la population pourrait préférer des candidats au profil plus nationaliste et plus martial.
Sur le plan économique, les inquiétudes montent. La Fédération des industries thaïlandaises (FTI) alerte sur les risques liés à l’instabilité politique, qui pourrait freiner les investissements et bloquer le budget 2025. Les tensions frontalières avec le Cambodge ont déjà fait chuter les échanges commerciaux de plus de 30 % en juin. Les négociations fiscales avec les États-Unis, les ajustements douaniers et la concurrence internationale menacent également la croissance du PIB.
En somme, la chute de Paetongtarn Shinawatra plonge la Thaïlande dans une incertitude politique et économique majeure, avec des conséquences qui pourraient se faire sentir bien au-delà des frontières.
La similitude entre les situations de la Thaïlande et de la France n’échappera à personne.