
Samut Sakhon, Thaïlande – Le week-end dernier, un nouvel incident est venu rappeler la fragilité de l’une des artères les plus fréquentées du pays. Un énorme trou de quatre mètres sur six s’est ouvert sur la Rama 2 Road, engloutissant partiellement un pick-up. Si aucun blessé n’a été signalé, l’événement a ravivé les craintes des automobilistes et mis en lumière les risques persistants liés aux travaux d’infrastructure.
Suspension immédiate des chantiers
Quelques jours plus tôt, un accident bien plus grave s’était produit sur la même route : l’effondrement d’une grue et d’un segment de béton, qui a coûté la vie à deux personnes et blessé cinq autres. Face à cette série noire, le Département des routes a ordonné la suspension immédiate de tous les projets utilisant des grues de lancement, non seulement sur Rama 2 mais aussi sur d’autres chantiers à travers le pays.
Le directeur général, Piyapong Jiwattanakulpaisarn, a précisé que des équipes d’ingénieurs du ministère, de l’entreprise contractante et de l’Institut d’ingénierie de Thaïlande travaillent à sécuriser et démonter les structures effondrées près du pont de la rivière Tha Chin. Deux grues de 500 tonnes et plusieurs de 200 tonnes ont été mobilisées pour stabiliser les éléments suspendus au-dessus de la chaussée. Le démantèlement devrait durer deux semaines, mais reste complexe en raison des risques liés au trafic et aux lignes électriques.
Bien sûr, si le chantier se retrouve à l’arrêt, il n’avancera pas.
Une route tristement célèbre
La Rama 2 Road, qui relie Bangkok aux provinces du sud, est depuis longtemps associée aux accidents. Surnommée “la route des sept générations” en raison de ses travaux interminables, elle cumule les retards et les drames. Entre 2018 et 2021, on y a recensé entre 234 et 491 accidents par an. En 2018, 38 personnes y ont perdu la vie. En 2022, un effondrement de dalle près de l’hôpital Vibharam a tué deux personnes. En 2025, la chute de poutres et d’une grue a fait six morts et 24 blessés.
Au total, plus de 2 500 incidents ont été enregistrés en huit ans, causant 144 décès et plus de 1 400 blessés. Ces chiffres traduisent une insécurité chronique sur un axe pourtant vital pour l’économie et les déplacements.
Des travaux sans fin
Les autorités justifient ces chantiers par la nécessité d’élargir et moderniser la route, mais les accidents liés aux matériaux et aux structures en cours de montage alimentent la colère des riverains et des usagers. Chaque nouvel effondrement ou ouverture de cratère relance les appels à une meilleure supervision des entreprises et à une transparence accrue sur les contrats. Et à chaque fois, la situation, au lieu de s’améliorer, empire.
Le gouvernement a promis des inspections renforcées et n’exclut pas de résilier certains contrats si les normes de sécurité ne sont pas respectées. Mais pour de nombreux automobilistes, la confiance est déjà entamée. Les réseaux sociaux se sont emparés du sujet, dénonçant une “route maudite” où les dangers semblent se répéter année après année.
Un enjeu de sécurité publique
Au-delà des chiffres, c’est la perception de la sécurité routière qui est en jeu. Rama 2 est un corridor stratégique, mais aussi un symbole des difficultés de la Thaïlande à mener à bien ses grands projets d’infrastructure sans mettre en danger ses citoyens. Les experts rappellent que la réduction des accidents passe par une meilleure planification, des contrôles stricts et une communication transparente.
Pour rester dans le concert des pays modernes, la Thaïlande doit venir à bout de ses grands chantiers. On voit mal comment des investisseurs étrangers pourraient s’intéresser au fameux pont terrestre entre Ranong et Chumphon si le royaume ne parvient pas à réaliser un axe routier qui permet de sortir de la capitale.
On notera d’ailleurs que les projets de TGV Bangkok – Nong Khai et U-Tapao – Bangkok n’avancent pas plus vite.
Mais alors, depuis combien de temps dure le cauchemar de Rama 2 ? Non pas huit ans comme on le lit çà et là, mais plus de 50 ans.
La route Rama II (autoroute 35) s’étend sur 84 km entre Bangkok et Ratchaburi, via Samut Sakhon et Samut Songkhram.
Sa construction initiale, en deux voies, a débuté en 1970 et s’est achevée en 1973 pour 359 millions de bahts, réduisant de 40 km le trajet vers le sud.
Depuis, les travaux n’ont jamais cessé parallèlement à l’augmentation du trafic : 70 projets d’agrandissement ont été menés entre 1970 et 2017 pour 17 milliards de bahts, portant la route à dix voies.
Quatre nouveaux projets totalisent près de 60 milliards de bahts (dont Rama III-Dao Khanong à 30 milliards et Ekkachai-Ban Phaeo à 18,7 milliards).
Au total, les investissements entre 1970 et 2025 atteignent 77 milliards de bahts, pour une route empruntée par 200 000 à 250 000 véhicules par jour, avec +50 % de trafic lors des vacances.



