
Kanruetai « Ai » Klai‑on, 33 ans, militante pro‑démocratie, vient d’être condamnée à une peine totale de 15 ans de prison pour avoir publié sur Facebook des contenus jugés offensants envers le roi Rama X. Le verdict, rendu cette semaine, illustre une nouvelle fois la sévérité de la loi liée au crime de lèse‑majesté en Thaïlande, l’article 112 du Code pénal, combiné à la loi sur les crimes informatiques.
Deux publications, deux condamnations
Les faits remontent à juillet et septembre 2022, lorsque Kanruetai a partagé deux posts sur son compte Facebook. Le tribunal l’a reconnue coupable de deux chefs d’accusation, chacun sanctionné par trois ans de prison. Sa confession a permis de réduire la peine à deux ans et demi par chef, mais le juge a ordonné que ces peines s’ajoutent à une précédente condamnation de huit ans pour des publications similaires. Résultat : une peine cumulative de 15 ans.
Le second dossier avait été initié par Anon Klinkaew, figure d’un mouvement ultra‑royaliste. Kanruetai avait d’abord nié les charges avant de plaider coupable en février dernier. Le tribunal a interdit toute couverture des débats à l’intérieur de la salle d’audience.
Les réformistes demandent que les plaintes ne puissent être déposées que par des corps constitués et non par des particuliers.
Une détention prolongée
La militante est incarcérée depuis plus d’un an et demi au centre correctionnel pour femmes de Bangkok. Ses demandes de libération sous caution ont été rejetées, comme pour la majorité des prisonniers politiques. Selon le rapport 2024‑2025 de l’organisation Thai Lawyers for Human Rights (TLHR), plus de 90 % des demandes de mise en liberté ont été refusées.
Une tendance inquiétante
TLHR recense 39 détenus politiques fin 2024, chiffre qui grimpe à 55 fin 2025. Les refus de libération aggravent les conditions de détention et la pression sur les familles. L’organisation alerte : le nombre de prisonniers politiques pourrait encore augmenter en 2026, avec de nouveaux jugements attendus de la Cour suprême. Elle appelle à une amnistie générale pour les affaires politiques, sans distinction de charges.
Un climat de répression
La condamnation de Kanruetai illustre la persistance d’un climat particulier en Thaïlande, où les critiques de la monarchie sont sévèrement sanctionnées. Pour les défenseurs des droits humains, ces peines lourdes et la quasi‑absence de libérations sous caution traduisent une volonté de dissuader toute contestation.



