
Le tribunal criminel de Bangkok a rendu mardi un verdict lourd dans une affaire de lèse‑majesté. Pruttikorn “Jo” Sarakul, ancien membre du mouvement progressiste, a été condamné à 30 ans de prison pour dix messages publiés sur Twitter entre 2021 et 2022, jugés insultants envers le roi Maha Vajiralongkorn.
Une peine qui s’ajoute à une précédente condamnation
Chaque message a été sanctionné de trois ans de prison, soit un total de 30 ans. Cette peine vient s’ajouter aux 20 années de prison déjà prononcées en décembre dernier pour des publications similaires. Au total, Pruttikorn écope donc de 50 ans, l’une des condamnations les plus lourdes jamais infligées au titre de l’article 112 du Code pénal.
Le jugement a été rendu en l’absence du prévenu, qui a fui le pays. Son avocat, Arnon Nampa, figure connue du militantisme politique et lui‑même emprisonné pour de multiples autres affaires de lèse‑majesté, a été escorté depuis sa cellule pour assister à l’audience.
La loi sur le crime de lèse‑majesté, inscrite dans l’article 112 du Code pénal, prévoit des peines allant de trois à quinze ans de prison par infraction. Elle est régulièrement critiquée par les organisations de défense des droits humains, qui y voient un instrument destiné à museler la dissidence politique.
Depuis 2020, près de 300 personnes ont été poursuivies pour des propos jugés offensants envers la monarchie, selon Thai Lawyers for Human Rights. Plusieurs condamnations spectaculaires ont marqué l’opinion : un vendeur de vêtements a écopé de plus de 50 ans de prison en 2024, tandis qu’une ancienne fonctionnaire condamnée à 43 ans a été libérée en 2025 en vertu d’une grâce royale.
Des peines lourdes en série
Pruttikorn n’est pas le seul à subir de telles sanctions. En décembre, l’activiste Mongkol Thirakhot, surnommé Busbas, a été condamné à 46 ans de prison pour 27 publications sur Facebook. Ces affaires illustrent la sévérité croissante des tribunaux face aux critiques en ligne.
Un climat politique tendu
La décision intervient dans un contexte où la liberté d’expression reste extrêmement limitée. Les autorités affirment que ces messages menacent la sécurité nationale et peuvent inciter à la haine contre l’institution monarchique.
En parallèle, le tribunal criminel a jugé deux anciens responsables politiques « chemises rouges » dans une autre affaire : ils ont été acquittés des charges de lèse‑majesté, mais condamnés à cinq ans de prison chacun pour soutien à des activités liées au terrorisme.
Une justice sous surveillance
Ces verdicts confirment la place centrale de l’article 112 dans la vie politique thaïlandaise. Des dizaines de politiciens progressistes, dont des députés élus dimanche, pourraient se voir interdits d’activités politiques à vie.
Avec ce nouveau jugement, la Thaïlande envoie un signal clair : personne ne peut critiquer la monarchie.



