
La frontière thaïlando‑cambodgienne s’embrase à nouveau, et les répercussions dépassent largement la région. Alors que les combats se multiplient depuis plusieurs jours, Washington et Moscou se retrouvent malgré eux au cœur du dossier. L’un menace, l’autre se défend. Entre pressions économiques, accusations de mercenariat et médiations diplomatiques, la crise prend une dimension internationale.
Sur le terrain, les affrontements ont déjà fait des dizaines de morts et provoqué l’évacuation de près de 800 000 personnes. L’armée thaïlandaise a repris plusieurs positions stratégiques, notamment les collines 677 et 500 dans la zone de Chong An Ma, où elle a hissé son drapeau pour réaffirmer sa souveraineté sur des zones contestées que le Cambodge pourrait avoir perdues à jamais. Bangkok a également suspendu la pêche dans la province de Trat et renforcé le contrôle des exportations de carburant, après des soupçons de détournement vers le Cambodge.
Mais c’est à Washington que le ton est monté le plus fort. Dans une interview au Wall Street Journal, le président américain Donald Trump a menacé d’augmenter les tarifs douaniers imposés aux deux pays s’ils ne cessent pas immédiatement les hostilités. Il affirme même avoir déjà relevé certains droits « quelques minutes » avant l’entretien. Les produits thaïlandais et cambodgiens sont actuellement taxés à 19 % aux États‑Unis. Trump prévient : si les combats continuent, les accords commerciaux seront suspendus et les tarifs grimperont encore.
Le président américain assure avoir obtenu des engagements de trêve lors de ses appels avec les Premiers ministres thaïlandais et cambodgien. Bangkok a toutefois démenti tout accord formel, et les combats se poursuivent. Pour Trump, les tarifs restent « l’outil le plus efficace » de la politique étrangère américaine. Une manière de peser sur une crise qui, jusqu’ici, relevait surtout de la diplomatie régionale.
À l’opposé, la Russie tente de se tenir à distance. L’ambassade russe à Bangkok a dû démentir des informations circulant dans certains médias thaïlandais, selon lesquelles des ressortissants russes combattraient comme mercenaires aux côtés du Cambodge. Moscou qualifie ces allégations de « sans fondement ». Le ministère russe des Affaires étrangères rappelle sa position : préserver ses relations amicales avec les deux pays et encourager un règlement pacifique.
Cette mise au point intervient alors que la Chine, autre acteur majeur de la région, multiplie les appels au calme. Pékin dit suivre la situation « de très près », appelle à un cessez‑le‑feu immédiat et affirme mener une médiation active auprès des deux capitales. La Malaisie, qui préside l’ASEAN cette année, a reporté une réunion spéciale des ministres des Affaires étrangères au 22 décembre, à la demande de Bangkok. Kuala Lumpur souhaite déployer une équipe d’observation de l’ASEAN, appuyée par un suivi satellitaire américain, pour documenter objectivement la situation.
Sur le terrain, la guerre fait rage. Les Cambodgiens défendent vainement des mètres carrés de rocher ou des ruines insignifiantes, tandis que la Thaïlande frappe en profondeur pour détruire les armements, les stocks et les routes d’approvisionnement.
Entre pressions américaines, démentis russes et efforts diplomatiques asiatiques, la crise frontalière prend une ampleur inédite. Reste à savoir si ces interventions suffiront à freiner une escalade qui, pour l’instant, ne montre aucun signe de ralentissement.



