
La Thaïlande a affiché sa détermination à lutter contre les escroqueries en ligne lors du Global Fraud Summit organisé les 16 et 17 mars au Centre international de Vienne. Le ministre des Affaires étrangères, Sihasak Phuangketkeow, y a dénoncé l’ampleur des réseaux de fraude opérant en Asie de l’Est et du Sud-Est, responsables de pertes estimées à plus de 40 milliards de dollars par an.
Les escroqueries, une menace sécuritaire
Dans son discours d’ouverture, Sihasak a rappelé que les menaces à la sécurité ne se limitent plus aux conflits armés : les réseaux cybercriminels transnationaux représentent désormais un danger majeur. Les « scam centers » prospèrent en exploitant les failles de coopération internationale et sont souvent liés à la traite d’êtres humains, au travail forcé et à la violence.
Le ministre a souligné que la Thaïlande est directement touchée. Depuis février 2025, le pays a aidé à rapatrier plus de 13 200 victimes de traite issues de ces centres, originaires de plus de 40 pays. Bangkok a inscrit la lutte contre la cybercriminalité à son agenda national, renforcé ses centres de réponse et multiplié les opérations conjointes avec ses partenaires.
Coopération internationale renforcée
Une opération récente menée avec les polices de l’ASEAN, les États-Unis et Meta a permis de fermer plus de 150 000 comptes suspects, d’arrêter des figures clés et de libérer des centaines de victimes contraintes de travailler dans ces réseaux. Pour Sihasak, seule une coopération transfrontalière solide, incluant le partage de renseignements et le suivi des flux financiers, peut endiguer ces pratiques.
Il a insisté sur la nécessité de tracer les actifs, de renforcer les lois contre le blanchiment et d’utiliser les technologies numériques, comme l’intelligence artificielle, pour détecter plus efficacement les fraudes.
L’Asie du Sud-Est en première ligne
Lors d’un événement parallèle organisé par l’ONU, Sihasak a rappelé que la région est à la fois un foyer et une victime majeure de ces escroqueries. La Thaïlande, souvent utilisée comme point de transit, a déjà accueilli temporairement des victimes avant leur rapatriement. Le ministre a averti que le cyberespace, sans règles de gouvernance solides, favorise l’expansion rapide de ces crimes.
Il a également souligné que les mécanismes existent déjà – via l’ONU, Interpol ou l’ASEAN – mais doivent être utilisés avec cohérence et unité. La coopération entre gouvernements et secteur privé est jugée indispensable.
Un engagement national
La Thaïlande s’est engagée à renforcer ses mesures de lutte contre la fraude :
- traçabilité et saisie des avoirs illicites,
- intégration des données et outils numériques avancés,
- coopération intersectorielle et internationale.
En conclusion, Sihasak a averti que si rien n’est fait, les escroqueries en ligne deviendront une menace sécuritaire croissante, mêlant fraude, blanchiment et violations des droits humains. La Thaïlande entend jouer un rôle moteur pour que la communauté internationale prenne la mesure de ce défi global. Il s’agit d’un virage à 180° car, il y a encore quelques mois, le Gouvernement Anutin Charnvirakul, était accusé d’être peu allant sur ce dossier.



