
La Thaïlande a annoncé samedi 28 mars avoir conclu un accord avec l’Iran pour garantir le passage sécurisé de ses pétroliers à travers le détroit d’Hormuz, artère vitale du commerce mondial de l’énergie paralysée par la guerre au Moyen‑Orient. Mais malgré ce répit, plusieurs cargaisons essentielles, notamment d’engrais, demeurent bloquées, révélant la fragilité persistante des approvisionnements.
Le Premier ministre Anutin Charnvirakul a confirmé lors d’une conférence de presse que les navires thaïlandais bénéficieraient désormais d’un passage protégé. « Cet accord réduit les inquiétudes sur nos importations de carburant et renforce la confiance que les perturbations observées début mars ne se reproduiront pas », a‑t‑il déclaré.
Une route stratégique sous tension
Le détroit d’Hormuz concentre plus de 80 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié destinés à l’Asie. Depuis le début du conflit, le trafic y a chuté de 95 % entre le 1er et le 26 mars, selon la plateforme Kpler. Les files d’attente aux stations‑service en Thaïlande se sont multipliées, illustrant l’impact indirect de cette paralysie.
La situation reste explosive : les Gardiens de la révolution iraniens ont affirmé avoir repoussé trois navires vendredi, et vingt‑quatre bâtiments commerciaux ont été attaqués ou signalés en incident ce mois‑ci dans la zone, selon l’agence britannique UKMTO.
Engrais bloqués, inquiétude agricole
Au‑delà du pétrole, la crise touche aussi l’agriculture. La ministre du Commerce Suphajee Suthamphan a confirmé que cinq cargaisons d’engrais destinées à la Thaïlande sont bloquées dans le détroit. Les réserves, censées durer jusqu’en août, pourraient s’épuiser plus tôt. Le gouvernement envisage d’adapter les formules pour utiliser davantage de matières premières locales et promouvoir les engrais organiques.
Lors d’un forum samedi, Suphajee a détaillé trois mesures pour amortir le choc :
- Contrôler les prix des biens essentiels, avec une liste élargie de 59 à 66 produits soumis à autorisation avant toute hausse.
- Scruter les coûts pétroliers, en réunissant raffineurs, assureurs et distributeurs pour examiner marges et frais.
- Lancer la campagne “Thai Helps Thai”, offrant plus de 1 000 produits à prix réduits de 25 à 50 %, et étendant le réseau de biens subventionnés à 500 communautés, y compris rurales.
Soulagement partiel, vigilance accrue
Si l’accord avec Téhéran apporte une bouffée d’air à Bangkok, il ne règle pas la vulnérabilité régionale. Les cargaisons bloquées rappellent que la dépendance de l’Asie au détroit d’Hormuz reste un talon d’Achille. Le Premier ministre a ordonné une révision urgente des structures de coûts pétroliers et la mise en place de mesures de soutien dès mercredi.



