
Le Premier ministre thaïlandais Anutin Charnvirakul a annoncé mardi qu’il avait donné instruction aux agences concernées de préparer l’annulation du Mémorandum d’Entente (MoU) 44, signé en 2001 avec le Cambodge. Ce texte encadre les discussions sur les zones maritimes disputées entre les deux pays, riches en ressources fossiles et minérales.
Une promesse électorale confirmée
La décision a été évoquée lors du Conseil des ministres du jour. Anutin a précisé que l’annulation ne serait pas immédiate, mais que les démarches préparatoires étaient lancées. Il a rappelé qu’aucun progrès n’avait été réalisé depuis la signature de l’accord et que le maintenir « ne servait plus à rien ».
Avant les élections du 8 février, le leader du Bhumjaithai Party avait déjà promis à ses partisans de mettre fin à ce protocole s’il revenait au pouvoir. Selon les résultats officieux, son parti a remporté une large victoire avec environ 194 sièges, ce qui lui permet de former le cœur du nouveau gouvernement.
Un accord controversé
Le MoU 44 ne fixe pas de frontière maritime définitive, mais établit un cadre de négociation pour le partage des ressources. Il ne concède aucun territoire sans accord mutuel et, selon le ministère des Affaires étrangères, tout compromis issu de ces discussions doit être soumis au Parlement pour approbation.
Cependant, de nombreux réseaux civils et une partie de l’opinion publique réclament depuis longtemps son annulation, surtout après les affrontements armés survenus en 2025 le long de la frontière, qui ont coûté la vie à des soldats et à des civils.
Une rupture avec le passé
Anutin a insisté sur le fait que « l’accord de partage 50‑50 des ressources marines ne sera plus sur la table ». Cette déclaration marque une rupture avec les tentatives précédentes de compromis et reflète une volonté de durcir la position thaïlandaise face au Cambodge.
Interrogé sur la légalité de l’annulation, le Premier ministre a assuré que « tout sera fait conformément à la loi ».
Les enjeux régionaux
La question des frontières maritimes reste sensible en Asie du Sud‑Est, où plusieurs pays se disputent des zones stratégiques pour l’exploitation énergétique. Pour la Thaïlande, mettre fin au MoU 44 pourrait renforcer sa souveraineté, mais aussi compliquer ses relations avec Phnom Penh.
Le futur gouvernement, où l’actuel ministre des Affaires étrangères Sihasak Phuangketkeow devrait occuper le poste de vice‑Premier ministre chargé de la diplomatie, aura la tâche délicate de gérer cette transition.
Avec cette annonce, Anutin envoie un signal fort : la Thaïlande entend redéfinir ses priorités maritimes et ne plus s’en tenir à un accord jugé obsolète. Reste à savoir si cette décision ouvrira la voie à une confrontation ou à une renégociation plus ferme avec le Cambodge.
Les enjeux restent limités : la transition mondiale vers les énergies propres freine déjà les projets pétroliers, accusés de contribuer aux émissions de CO₂. Dans ce contexte, ni la Thaïlande ni le Cambodge n’auraient grand intérêt économique à exploiter ces gisements. En revanche, sortir du MoU signifie que Bangkok ne pourra pas agir seule, puisque Phnom Penh s’opposera à toute tentative unilatérale. En réalité, la déclaration d’Anutin apparaît surtout comme un geste politique destiné à satisfaire les courants ultra‑nationalistes qui l’ont soutenu.
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