
La Thaïlande s’offre un nouveau chapitre politique. Jeudi, Anutin Charnvirakul, chef du parti Bhumjaithai, a été confirmé Premier ministre par le Parlement, après un vote qui pourrait marquer le début d’une période de stabilité dans un pays habitué aux crises et aux renversements.
Le scrutin, organisé par appel nominal, a réuni 498 députés sur 499. Anutin a obtenu 293 voix, contre 119 pour Natthaphong Ruengpanyawut, leader du People’s Party, et 86 abstentions. Le président de la Chambre, Sophon Zaram, doit désormais transmettre son nom au roi pour officialiser sa nomination par décret royal. Ensuite viendra la formation du gouvernement, avec la composition du cabinet et la présentation d’une déclaration de politique générale au Parlement dans les quinze jours.
Une journée de débats sous tension
La séance a débuté par des interventions équilibrées entre majorité et opposition. Rangsiman Rome, député du People’s Party, a tenté de semer le doute quant à l’intégrité d’Anutin, évoquant des pénuries suspectes de carburant et des remaniements administratifs avant les élections. Ses propos ont provoqué des huées dans les rangs de Bhumjaithai. Le président de séance a rappelé que la journée n’était pas consacrée à un débat de défiance.
Le parti Démocrate, mené par Abhisit Vejjajiva, a choisi l’abstention. Il a justifié son refus de soutenir Anutin en raison d’une enquête en cours sur des irrégularités lors des élections sénatoriales de 2024. Quant à Natthaphong, il est lui-même visé par une affaire d’éthique liée à la tentative de réforme de la loi sur le crime de lèse-majesté.
Les partis s’alignent
Le Pheu Thai, deuxième force de la coalition avec 74 sièges, a confirmé son soutien unanime à Anutin. Son leader, Julapun Amornvivat, a insisté sur la clarté du mandat donné par les électeurs et sur l’absence de dissensions internes. Le petit parti United Thai Nation, avec deux députés, a également rejoint la coalition. À l’inverse, le Klatham Party, fort de 58 sièges, a choisi l’abstention collective, son chef Thamanat Prompow, qui a passé 6 ans en prison en Australie pour trafic de drogue, n’ayant pas été appelé à faire partie de la coalition.
Une étape cruciale
La victoire d’Anutin est le prolongement du succès électoral de Bhumjaithai lors du scrutin du 8 février. Le parti dispose d’une majorité confortable avec 294 députés sur 500. Le nouveau Premier ministre doit désormais composer son cabinet et répartir les portefeuilles, une étape toujours sensible dans la politique thaïlandaise.
Un espoir de stabilité
La Thaïlande, marquée par des décennies de coups d’État, de dissolutions de partis et de crises institutionnelles, pourrait voir s’ouvrir une phase plus apaisée. Anutin pourrait transformer cette majorité parlementaire en véritable stabilité politique, car on le sait proche de l’armée et de l’establishment. Certains observateurs notent cependant que la coalition est large, mais fragile, et que les tensions entre partis pourraient ressurgir.
Pour l’heure, la confirmation d’Anutin Charnvirakul comme Premier ministre est perçue comme un signal fort : la Thaïlande veut tourner la page des turbulences et avancer vers une gouvernance plus prévisible.



