
À quelques jours des élections générales du 8 février, la Thaïlande vit une campagne électorale marquée par une montée du discours patriotique et des tensions régionales. Le parti Bhumjai Thai, dirigé par le Premier ministre par intérim Anutin Charnvirakul, a placé le patriotisme au cœur de son message, exhortant les électeurs à soutenir “le parti qui aime la nation”. Cette rhétorique, jugée clivante par ses adversaires, intervient alors que l’opinion publique est déjà polarisée.
Dans le même temps, un geste controversé vient raviver les tensions avec le Cambodge. Le secrétaire général du Conseil national de sécurité, Chatchai Bangchuad, a déposé plainte à Surin contre le Premier ministre cambodgien Hun Manet et son père, Hun Sen, les accusant d’avoir ordonné des attaques meurtrières à la frontière. La démarche vise à obtenir des mandats d’arrêt et à solliciter Interpol pour les inscrire sur liste noire. Même si une arrestation paraît improbable, l’initiative envoie un signal politique fort et donne l’impression que certains acteurs thaïlandais cherchent à mettre de l’huile sur le feu à un moment électoral sensible. Une escarmouche à la frontière en pleine période électorale profiterait au Bumjaithai et à l’armée.
Face aux critiques, Anutin a répliqué avec vigueur : “Si le Bhumjai Thai n’est pas patriotique, alors à qui serions-nous loyaux ?” Il a également mis en garde ses opposants contre des propos jugés diffamatoires, menaçant de poursuites judiciaires. Le Pheu Thai, important rival, accuse Bhumjai Thai d’utiliser le nationalisme comme outil électoral, dénonçant une instrumentalisation des institutions et du territoire national.
Au-delà des discours, l’élection est scrutée pour ses pratiques. La Commission électorale a demandé à la Banque de Thaïlande des informations sur des retraits suspects de plus de 450 millions de bahts, craignant des achats de votes. Cette enquête vise à garantir la transparence du scrutin, dans un contexte où la confiance des citoyens reste fragile.
Les sondages publiés ces derniers jours reflètent une compétition serrée. Selon le NIDA Poll, Natthaphong Ruengpanyawut arrive en tête des préférences pour le poste de Premier ministre (29 %), suivi d’Anutin Charnvirakul (22 %). D’autres enquêtes, comme celle de North Bangkok University, placent le People’s Party en tête des intentions de vote, devant Pheu Thai et Bhumjai Thai. Les coalitions possibles restent ouvertes, avec plusieurs combinaisons testées par les électeurs.
Le réseau des universités Rajabhat confirme cette tendance : le People’s Party domine avec près de 39 % des intentions, tandis que Pheu Thai progresse et que Bhumjai Thai recule. Les dynamiques montrent un affaiblissement relatif d’Anutin, malgré sa stratégie patriotique, et une montée de Natthaphong et Yodchanan Wongsawat.
Rappelons que certains de ces sondages en ligne sont à prendre avec des pincettes, car seuls les Internautes votent, or ; justement, les électeurs de Bumjaithai, issus des provinces pauvres du Nord-Est ne s’aventurent pas sur les réseaux sociaux politisés.
À une semaine du scrutin, la campagne thaïlandaise apparaît donc à la fois nationaliste et tendue, entre accusations de fraude, surenchère patriotique et contentieux diplomatiques. Dans ce climat électrique, les électeurs devront trancher, tandis que les observateurs redoutent que les tensions frontalières et les discours identitaires ne viennent perturber un processus électoral déjà fragile.
Comme le rappel Anutin, les élections ne représentent qu’une étape du processus démocratique. Les tractations qui commenceront dès le 8 février au soir pourraient lui permettre de garder son poste de Premier ministre sous la « pression amicale » des personnes importantes du pays.



