
Anutin accuse ses rivaux de soumission au Cambodge, l’opposition réplique, les sondages placent le Parti du peuple en tête, mais les grandes familles pourraient maintenir Anutin au pouvoir
À quelques jours du scrutin du 8 février, la campagne électorale thaïlandaise s’est tendue davantage après les déclarations du Premier ministre Anutin Charnvirakul. Lors d’un grand rassemblement du Bhumjaithai au parc Lumpini à Bangkok, il a lancé : « Si les Thaïlandais veulent un gouvernement choisi par le Cambodge, alors qu’ils votent pour ces deux partis. » Une attaque directe contre le People’s Party et le Pheu Thai, accusés de se laisser influencer par des propos venus de Phnom Penh. Cette contrevérité « à la Trump » pourrait ne pas suffire, car les Thaïlandais sont moins naïfs que les Américains.
Cette sortie a immédiatement provoqué des réactions indignées. Rangsiman Rome, numéro deux du People’s Party, a dénoncé une instrumentalisation dangereuse. Selon lui, le véritable patriotisme consiste à ne pas tromper la nation et à garantir l’égalité devant la loi. Il a accusé Anutin de chercher à discréditer ses adversaires pour un gain personnel, en s’appuyant sur les propos d’un ministre cambodgien qui avait suggéré qu’un vote pour l’opposition réduirait le risque de guerre.
Du côté du Pheu Thai, Khattiya Sawatdiphol a également répliqué. Dans un message sur X, elle a jugé inquiétant qu’Anutin évite les débats et préfère agiter la peur plutôt que de présenter des politiques concrètes. Elle a rappelé que cette stratégie avait déjà montré ses limites lors des inondations de Hat Yai, où les failles du gouvernement étaient apparentes. Nattawut Saikuar, autre figure du parti, a ironisé sur l’influence persistante de Newin Chidchob, mentor de Bhumjaithai, accusé avec sa famille d’avoir « annexé » des terrains qui appartiennent à la compagnie des chemins de fer.
Ces échanges illustrent une campagne marquée par un recours croissant au nationalisme. Anutin se présente comme le garant d’un gouvernement “100 % thaï”, tandis que ses opposants l’accusent de détourner l’attention des vrais enjeux : corruption, inégalités et politiques économiques.
Sur le terrain des sondages, le Parti du peuple apparaît en tête. Le fameux “Santiban Poll”, attribué à la police spéciale, projette 145 sièges pour le People’s Party, contre 130 pour Bhumjaithai et 90 pour Pheu Thai. Les Démocrates et le Klatham Party seraient autour de 40 sièges chacun. Les enquêtes universitaires et commerciales confirment cette tendance : le People’s Party domine les intentions de vote, oscillant entre 34 et 39 % selon les instituts, devant Pheu Thai et Bhumjaithai.
Pourtant, malgré ces chiffres, de nombreux analystes estiment qu’Anutin pourrait conserver son poste de Premier ministre. Le Bhumjaithai bénéficie du soutien de puissantes familles politiques locales, capables de mobiliser leurs réseaux dans les circonscriptions. Ce maillage territorial, combiné à une stratégie de coalition soutenue par l’armée, pourrait lui permettre de rester à la tête du gouvernement même si son parti n’arrive pas en première position.
Les scénarios les plus probables évoquent une alliance Bhumjaithai–Pheu Thai–Démocrates, laissant Klatham dans l’opposition. Dans ce cadre, Anutin conserverait l’avantage grâce à sa capacité à négocier et à s’appuyer sur des notables influents. Les opposants dénoncent la confiscation habituelle depuis des décennies du pouvoir par les élites, mais reconnaissent que l’équilibre des forces locales reste déterminant dans la politique thaïlandaise.
Ainsi, la dernière semaine de campagne s’annonce décisive. Entre accusations de soumission au Cambodge, ripostes virulentes de l’opposition et sondages favorables au Parti du peuple, l’issue du scrutin dépendra autant des urnes que des alliances post-électorales. Et dans ce jeu complexe, Anutin Charnvirakul pourrait bien, malgré tout, conserver son fauteuil de Premier ministre.



