Ici, les malfaiteurs qui se servaient d'enfants pour obtenir des cartes SIM. Cette photo prouve que les escrocs n'ont pas forcément la tête de l'emploi.
Bangkok — Les escroqueries en ligne ont atteint en 2025 leur plus haut niveau depuis trois ans en Thaïlande, selon le dernier rapport du Conseil national de développement économique et social (NESDC). Les fraudes se sont multipliées et complexifiées, rendant les enquêtes plus ardues et la récupération des fonds quasi impossible.
Le NESDC souligne que de nombreux stratagèmes passent désormais par des comptes de cryptomonnaie utilisés comme “mules financières”. Ces circuits opaques compliquent le travail des enquêteurs et posent un défi majeur aux autorités, invitées à renforcer leur surveillance face à l’évolution rapide de la criminalité numérique.
À titre d’exemple, mardi 24 février, on apprenait que la police thaïlandaise a arrêté trois suspects accusés d’avoir utilisé des enfants pour enregistrer frauduleusement des cartes SIM. Les individus se faisaient passer pour des représentants d’un opérateur mobile, proposant des cours de sensibilisation et des cartes SIM gratuites dans des écoles du nord du pays. En réalité, ils scannaient plusieurs fois les cartes d’identité et les visages d’élèves âgés de 8 à 10 ans afin de créer plusieurs numéros par enfant. Ces numéros étaient ensuite revendus à des réseaux d’arnaques téléphoniques, certains opérant depuis le Myanmar. Plus de 200 élèves ont déjà été identifiés comme victimes, et l’enquête se poursuit pour déterminer l’ampleur du réseau. Les suspects, eux, nient les accusations.
Parallèlement, une nouvelle tendance inquiète : l’utilisation de QR codes placés dans des lieux publics, notamment dans les centres-villes et zones touristiques. Ces codes redirigent les acheteurs vers des chatbots (robot conversationnel) dopés à l’intelligence artificielle, capables de gérer des commandes de drogues ou de produits de contrebande et d’encaisser des paiements en cryptomonnaie. Un système qui rend l’identification des responsables particulièrement difficile.
Le rapport révèle aussi une hausse générale de la criminalité au dernier trimestre 2025 : +15,4 % par rapport à la même période en 2024, principalement en raison des infractions liées aux stupéfiants. En revanche, les délits contre les biens et les crimes impliquant la vie, le corps ou la sexualité ont reculé.
Côté sécurité routière, les chiffres sont contrastés. Les accidents ont légèrement baissé de 0,4 % au quatrième trimestre, avec moins de blessés et de morts, mais davantage de personnes laissées handicapées à vie. Sur l’ensemble de l’année, les accidents ont tout de même progressé de 0,6 %.
Autre alerte : les airbags défectueux. La Thaïlande a recensé huit victimes, entre décès et blessures, liés à ce problème. Plus de 500 000 véhicules doivent encore être rappelés pour remplacement, une urgence selon le NESDC.
Le rapport met également en lumière une explosion des plaintes de consommateurs en 2025, en hausse de 38,6 % par rapport à l’année précédente. Trois sujets dominent : la contamination chimique dans les produits de fast fashion, la promotion en ligne de “stylos minceur” ou seringues dédiées et les risques liés aux numéros de téléphone recyclés.
Les autorités s’inquiètent de la présence de substances dangereuses dans les textiles importés via les plateformes en ligne et appellent à un renforcement des contrôles. Les “stylos minceur” ou seringues, vantés sur les réseaux sociaux avec des promesses irréalistes, sont jugés particulièrement risqués pour la santé. Quant aux numéros recyclés, ils exposent les nouveaux utilisateurs à des appels de recouvrement ou à des intrusions dans leurs données personnelles. Le régulateur NBTC envisage d’allonger la période de “repos” avant la réattribution des numéros, à l’image de la Corée du Sud ou de l’Australie.
Mentionnant escroqueries numériques, drogues vendues via QR codes et plaintes de consommateurs en forte hausse, le rapport du NESDC dresse un tableau préoccupant, mais lucide. Le NESDC se présente comme un observateur lucide de la société thaïlandaise, refusant à la fois les prophéties alarmistes teintées de complotisme et les discours officiels intentionnellement trop rassurants.



