
Depuis le scrutin du 8 février, la Commission électorale thaïlandaise (EC) fait face à une avalanche de critiques. Au cœur de la polémique : l’usage de codes-barres, de QR codes et de numéros uniques sur les bulletins, accusés de menacer le principe constitutionnel du vote secret.
Le Parti du Peuple, par la voix de son porte-parole Parit Watcharasindhu, a annoncé samedi son intention de saisir le tribunal anticorruption. Selon lui, trois problèmes majeurs ressortent des explications de l’EC : la possibilité théorique d’identifier les électeurs grâce aux codes, l’existence de failles exploitables par des candidats ou des partis, et le risque de fuite massive de données. Même si l’EC assure que les souches sont conservées en sécurité, Parit souligne qu’un responsable malveillant pourrait les photographier et relier les bulletins aux votants.
Cette inquiétude s’inscrit dans un contexte plus large. Début février, un expert en cybersécurité a révélé une fuite nationale de données électorales. Des listes d’électeurs, incluant numéros de séquence et informations personnelles, ont été mises en vente en ligne à bas prix. L’opposition a immédiatement alerté sur le danger : si ces données étaient croisées avec les bulletins, le secret du vote pourrait être compromis.
Les critiques rappellent aussi les précédents. En 2006, la Cour constitutionnelle avait annulé les élections en raison de l’agencement des isoloirs, jugé insuffisant pour garantir la confidentialité. Plus récemment, la comparaison entre les scrutins de 2023 et 2026 a mis en lumière une évolution inquiétante : alors que les codes servaient auparavant à trier les bulletins par circonscription, les bulletins de 2026 comportent des numéros distincts pour chaque électeur. Les spécialistes estiment que cette innovation accroît le risque de traçabilité.
La contestation ne se limite pas aux partis. Des mouvements citoyens ont organisé des référendums symboliques pour réclamer la destitution de l’EC, dénonçant son manque de transparence et d’efficacité. À Bangkok, des urnes portant le logo officiel ont même été utilisées lors d’un vote fictif, illustrant la défiance croissante envers l’institution.
Au total, le Parti du Peuple affirme avoir recensé 57 plaintes de ses candidats, dont 37 déjà transmises à l’EC. Plus de 4 000 signalements ont également été déposés par des citoyens via une plateforme en ligne, dont plus de 1 200 jugés recevables. Parmi eux, une vidéo montrant des documents électoraux jetés dans une décharge à Samut Prakan a choqué l’opinion.
Six jours après le scrutin, le décompte officiel reste bloqué à 94 % des bulletins. L’EC rappelle qu’elle dispose de 60 jours pour publier les résultats définitifs, mais son silence entretient la suspicion. Entre accusations de violation du secret du vote, fuites de données et gestion contestée, la Commission électorale se retrouve plus que jamais sous pression, sommée de prouver sa capacité à garantir des élections libres et transparentes.
Cependant, le gouvernement et la CE excluent tout recomptage, à ce stade. On a déjà expliqué les liens qui existaient entre le secrétaire général de la CE et le parti Bumjaithai.



