
Le Premier ministre Anutin Charnvirakul a présenté ses excuses samedi pour la gestion chaotique de la crise du carburant. « Je m’excuse auprès du peuple pour le désordre causé par la gestion de la situation », a‑t‑il déclaré en s’inclinant devant la presse. L’augmentation brutale de six bahts par litre annoncée mercredi soir a provoqué des files d’attente massives dans les stations‑service, révélant la fragilité du système de subventions.
Un fonds pétrolier à bout de souffle
Depuis des décennies, la Thaïlande s’appuie sur le Oil Fuel Fund, un mécanisme destiné à amortir les chocs des marchés mondiaux. Ce fonds subventionne les prix à la pompe lorsque le brut flambe, puis se renfloue par des prélèvements sur chaque litre vendu. Mais avec la guerre au Moyen‑Orient et le blocage du détroit d’Hormuz, les prix ont explosé. Le fonds brûlait 2,9 milliards de bahts par jour, soit 80 milliards par mois, un rythme intenable.
Le gouvernement a donc réduit les subventions, passant de 24 à 16 bahts par litre, entraînant la hausse immédiate des prix. L’objectif est double : refléter davantage les conditions du marché mondial et éviter la contrebande de carburant vers les pays voisins.
Fin des subventions généralisées
Le ministre des Finances Ekniti Nitithanprapas a confirmé la fin des aides sur tous les produits pétroliers finis, pour éviter une crise financière comparable à celle du “Tom Yum Kung” (ou « crise asiatique ») en 1997. Le diesel reste partiellement subventionné, ce qui le rend actuellement moins cher qu’en Malaisie, une situation inédite. Mais le fonds affiche déjà 38 milliards de bahts de pertes cumulées, avec un coût quotidien de 1,3 milliard.
Un comité interministériel étudie désormais la mise en place d’une taxe exceptionnelle sur les raffineries et la révision des marges de raffinage, récemment passées de deux à six bahts par baril.
Lutte contre le trafic et sécurisation des importations
Dans ce contexte, les autorités intensifient la lutte contre le commerce illégal de carburant. Vendredi, 85 000 litres de diesel ont été saisis sur un navire à Chon Buri, sans documents d’origine. Les responsables ont été condamnés à des amendes de 3,85 millions de bahts. Le directeur des accises, Pornchai Thiraveja, a rappelé que cette opération s’inscrivait dans la politique du Premier ministre visant à protéger la stabilité énergétique nationale.
Parallèlement, Anutin a annoncé un accord avec l’Iran pour garantir le passage sécurisé des pétroliers thaïlandais dans le détroit d’Hormuz, réduisant les inquiétudes sur les importations.
Pas de pénurie, mais une communication défaillante
Malgré les images de stations bondées, les autorités assurent que la Thaïlande dispose de réserves suffisantes pour 103 jours. Les cinq raffineries produisent 35,28 millions de litres d’essence par jour, contre une consommation de 34,41 millions. Pour le diesel, la production atteint près de 80 millions de litres, au‑delà de la demande de 67 à 70 millions.
Le “chaos” observé fin mars était donc un problème logistique et de communication : trop de véhicules se sont précipités en même temps, alors que les stations n’étaient pas préparées à ce volume.
Vers une nouvelle ère énergétique
Le débat sur l’avenir du fonds est relancé. Ses défenseurs soulignent qu’il protège les ménages modestes et soutient les biocarburants. Ses critiques estiment qu’il ne fait que retarder l’inévitable et transformer une hausse progressive en choc brutal.
Une chose est certaine : l’ère du diesel à 30 bahts est terminée. Le fonds restera un outil de crise, mais les prix seront désormais davantage alignés sur le marché mondial. Pour les ménages et les entreprises, la nouvelle réalité est celle d’ajustements rapides et imprévisibles.



