
Un sondage NIDA révèle que la majorité des Thaïlandais se disent inquiets face à la crise pétrolière actuelle. Près de la moitié des 1 310 personnes interrogées doutent de la capacité du gouvernement à garantir des réserves suffisantes pour 98 / 104 jours, malgré ses assurances. Plus d’un tiers des répondants affirment avoir déjà été affectés par les pénuries dans les stations-service. Enfin, la crise influence directement les projets de voyage pour Songkran : près de 58 % déclarent ne pas prévoir de déplacements, tandis qu’une partie annule ou ajuste ses plans.
Depuis plusieurs jours, les automobilistes thaïlandais font la queue devant des stations-service à sec, affichant des panneaux « out of fuel » pour le diesel, pilier du transport routier. Cette situation a provoqué une vague de panique dans le pays, nourrie autant par la réalité des tensions énergétiques que par une communication gouvernementale jugée confuse. Alors que le nouveau gouvernement s’installe, les milieux économiques réclament des mesures claires pour affronter une crise qui s’annonce durable.
Des files d’attente qui inquiètent
À Bangkok comme en province, les stations-service ont vu affluer des véhicules inquiets de manquer de carburant. Le diesel, essentiel pour les bus, camions et logistique, est au cœur des tensions. Les images de files interminables ont renforcé la perception d’une pénurie imminente, même si les autorités assurent que les réserves nationales restent suffisantes. Le contraste est frappant avec d’autres pays, où la hausse des prix n’a pas entraîné de ruée comparable.
Une communication jugée défaillante
Pour les économistes, le problème n’est pas seulement l’approvisionnement, mais aussi la manière dont il est expliqué. Pipat Luengnaruemitchai, chef économiste du groupe Kiatnakin Phatra, estime que le gouvernement doit parler plus franchement des hausses mondiales du pétrole et préparer les ménages à des conditions plus strictes. Selon lui, les subventions doivent cibler les foyers modestes plutôt que d’être généralisées, afin d’éviter une charge budgétaire insoutenable.
Partager le fardeau
Nonarit Bisonyabut, chercheur au Thailand Development Research Institute, insiste sur la nécessité d’un partage équitable de la crise. Pour lui, une intervention trop forte de l’État masquerait la réalité des prix mondiaux et reporterait le problème. Il plaide pour une hausse graduelle des tarifs, accompagnée d’une surveillance stricte des pratiques commerciales afin d’éviter les abus, comme des marges excessives des raffineries ou des comportements de stockage spéculatif.
Les transporteurs en première ligne
Les opérateurs de bus et de fret sont directement touchés : le carburant représente jusqu’à 70 % de leurs coûts. Une hausse d’un baht par litre se traduit par une augmentation de 3 % des dépenses. À l’approche du festival de Songkran, certains craignent une baisse des déplacements faute de confiance dans l’approvisionnement. Ils réclament des ajustements progressifs et une communication transparente pour rassurer les voyageurs.
Impact sur la consommation et la production
Au-delà du transport, la hausse du pétrole affecte la chaîne logistique et même l’emballage. Teerin Tanyawattanakul, directeur d’une entreprise de riz conditionné, explique que le coût du plastique grimpe avec le pétrole. Pour lui, mieux vaut payer plus cher que risquer une pénurie de matériaux. Les entreprises optimisent leurs livraisons pour limiter les dépenses, mais restent dépendantes des décisions gouvernementales.
Quelles alternatives ?
Face à l’urgence, certains experts proposent de recourir temporairement au charbon, dont la Thaïlande dispose en quantité, ou de sécuriser des concessions de gaz en Birmanie. Kobsak Pootrakool, économiste à la Bangkok Bank, rappelle que plusieurs pays ont déjà réactivé leurs centrales à charbon lors de crises précédentes. Parallèlement, il appelle à accélérer le développement du solaire, des véhicules électriques et des biocarburants, afin de réduire la dépendance aux importations.
Le dilemme des subventions
Somchai Pornrattanacharoen, conseiller du commerce de gros et de détail, s’oppose à toute nouvelle dette publique pour subventionner le carburant. Selon lui, il vaut mieux soutenir directement les ménages via des transports publics abordables et fréquents, plutôt que d’alléger les coûts des véhicules privés, souvent plus polluants et moins efficaces. Il propose aussi des mesures innovantes, comme offrir des espaces gratuits aux commerçants pour réduire les prix de détail.
Une crise révélatrice
Au-delà des chiffres et des files d’attente, cette crise révèle la fragilité de la gestion énergétique thaïlandaise. Avec moins de 20 % d’énergies alternatives dans son mix, contre plus de 50 % dans les économies avancées, le pays reste vulnérable aux chocs géopolitiques. La guerre au Moyen-Orient, même si elle devait s’apaiser dans les prochains mois, a déjà montré combien la dépendance au pétrole peut déstabiliser une économie.
La Thaïlande se trouve à un carrefour : soit elle continue à amortir les hausses par des interventions coûteuses et temporaires, soit elle engage une transition énergétique plus ambitieuse. Dans l’immédiat, la clé réside dans une communication claire et une gestion transparente des réserves, pour éviter que la peur ne devienne un facteur aggravant. Car si la crise énergétique est mondiale, la panique, elle, reste locale.



