
La Birmanie et le Cambodge ne sont pas seuls à héberger des centres d’arnaque, à Bangkok aussi se trouvent des centres d’arnaques numériques. Deux coups de filet révèlent l’ampleur du phénomène.
La capitale est aussi devenue un terrain fertile pour les réseaux criminels transnationaux, qui exploitent ses infrastructures et son anonymat urbain pour installer de véritables usines à escroqueries. Deux affaires récentes, dévoilées début mars, mettent en lumière la sophistication et la brutalité de ces opérations.
Un centre clandestin au cœur de Rama 9
Mercredi soir, la police thaïlandaise a mené un raid spectaculaire dans un condominium du quartier Rama 9. Derrière des portes verrouillées et des vitres opaques, un bureau transformé en centre d’arnaque abritait 94 ressortissants vietnamiens. Les enquêteurs ont découvert des centaines de téléphones portables, ordinateurs et cartes SIM, utilisés pour gérer des plateformes de jeux d’argent en ligne.
Selon les premières estimations, ce réseau générait plus de 100 millions de bahts par jour. Les travailleurs, recrutés au Vietnam puis envoyés en Thaïlande avec des visas touristiques, étaient répartis en équipes de huit heures pour assurer une activité continue. Payés environ 30 000 bahts par mois, leurs salaires étaient versés directement dans des comptes vietnamiens. Les clients, eux aussi majoritairement vietnamiens, misaient sur des sites de paris sportifs et de jeux de cartes, alimentant un flux financier colossal.
Les habitants du condominium, inquiets des allées et venues suspectes, ont joué un rôle clé en alertant les autorités. Ce centre illégal illustre la manière dont Bangkok, avec ses immeubles impersonnels et sa densité urbaine, peut servir de camouflage idéal pour des opérations criminelles.
Des Thaïlandais piégés et envoyés au Cambodge
Quelques jours plus tard, la Division de lutte contre la traite des êtres humains (AHTD) annonçait une autre affaire : plus de 200 citoyens thaïlandais auraient été trompés par de fausses offres d’emploi sur Facebook. Séduits par des annonces promettant des postes d’« administrateurs de chat » avec salaires attractifs, les victimes étaient invitées à des sessions de formation dans l’est du pays.
En réalité, elles étaient ensuite conduites clandestinement au Cambodge, où elles étaient détenues et contraintes d’ouvrir des comptes bancaires fictifs via reconnaissance faciale. Ces « mule accounts » servaient à des escroqueries en ligne, causant des pertes estimées à 600 millions de bahts.
Quatre suspects ont été arrêtés lors de perquisitions dans trois provinces. Certains ont reconnu avoir été payés 1 000 bahts par compte ouvert, tandis qu’un passeur percevait entre 3 000 et 5 000 bahts par traversée. Les autorités poursuivent leurs investigations pour retrouver les autres complices et identifier l’ensemble des victimes.
Une menace transnationale
Ces deux affaires révèlent un schéma commun : des réseaux transfrontaliers qui exploitent la vulnérabilité des travailleurs et la porosité des frontières pour alimenter des escroqueries numériques. Bangkok, hub régional, devient à la fois le lieu d’implantation de centres clandestins et le point de départ de filières de traite humaine.
Les autorités thaïlandaises promettent de renforcer la coopération internationale pour démanteler ces organisations. Mais elles rappellent aussi aux citoyens la nécessité de rester vigilants face aux annonces d’emploi trop alléchantes ou aux activités suspectes dans leur voisinage.



