photo prise par drone le 31 mars
Les autorités de Chiang Mai ont déclaré le district de Samoeng « zone sinistrée » après la propagation d’incendies de forêt qui ravagent depuis plusieurs jours le nord de la Thaïlande. Un périmètre d’aide d’urgence a également été établi dans le district voisin de Hod, afin de soutenir les habitants touchés par les flammes et les fumées toxiques.
Les zones les plus affectées incluent Samoeng Tai, Mae Sap, Samoeng Nuea et Yang Muern, tandis que Hang Dong, Ban Tan, Na Khrua, Hod, Bo Luang et Bo Sali bénéficient désormais d’un dispositif spécial d’assistance. Les agences gouvernementales et les autorités locales sont mobilisées pour recenser les dégâts et fournir une aide immédiate, dans l’attente d’une stabilisation de la situation.
Sur les réseaux sociaux, les images de drones publiées par Kittiphat Rattanaphan ont marqué les esprits : « Apocalypse day », a-t-il écrit en légende de clichés montrant des collines embrasées et des nuages de fumée épais.
La pollution atmosphérique atteint des niveaux alarmants. Selon l’expert environnemental Sonthi Kotchawat, les données d’Air4Thai révèlent des concentrations de particules fines PM2.5 de 332 µg/m³ à Chiang Dao et 309 µg/m³ à Pai, des niveaux classés « dangereux » par l’Agence américaine de protection de l’environnement et l’Organisation mondiale de la santé. Au‑delà de 300 µg/m³, les risques sanitaires sont gravissimes pour l’ensemble de la population. La limite autorisée n’est que de 37 (25 en France).
Face à l’urgence, le Premier ministre Anutin Charnvirakul a confié au ministre des Ressources naturelles Suchart Chomklin et au secrétaire permanent du ministère de l’Intérieur la mission de coordonner la lutte contre les incendies et la pollution dans les provinces du Nord. Dix‑sept gouverneurs ont reçu l’ordre d’appliquer des mesures renforcées : déploiement rapide d’hélicoptères bombardiers d’eau, surveillance stricte des forêts, installation de centres de commandement avancés et communication continue auprès du public.
Un hélicoptère KA‑32 est en opération depuis le 2 mars, tandis qu’un second appareil venu de Lopburi est désormais prêt à intervenir à Chiang Mai. Les forces armées, le ministère de l’Environnement et la protection civile sont mobilisés sur les zones critiques.
La crise a également pris une dimension politique. Karndee Leopairote, députée du Parti démocrate, a annoncé le dépôt d’une motion urgente pour créer une commission parlementaire spéciale sur la pollution PM2.5. Elle appelle à une stratégie globale couvrant la protection de l’environnement, la gestion agricole, la santé publique et les impacts économiques.
Les conséquences se font déjà sentir : les réservations hôtelières dans le Nord ont chuté de 50 % à l’approche du festival de Songkran, les touristes chinois annulant, très logiquement, leurs séjours par crainte pour leur santé.
La polémique enfle aussi autour des priorités budgétaires. L’ancien candidat à la mairie de Chiang Mai, Teerawuth Kaewfong, a révélé que plus de 93 millions de bahts étaient consacrés aux événements festifs et touristiques, contre seulement 171 000 bahts pour la surveillance et la prévention de la pollution.
Alors que les incendies continuent de ravager les forêts et que la pollution place Chiang Mai parmi les villes les plus polluées du monde, les habitants attendent des mesures concrètes. Le classement de la ville dans la liste du patrimoine culturel de l’UNESCO, demandé par le gouvernement, semble, aujourd’hui, incongru.
Mercredi soir, on apprenait qu’un volontaire engagé dans la lutte contre les incendies de forêt à Mae Rim, dans la province de Chiang Mai, a été retrouvé mort ce jour après s’être séparé de son groupe la veille au soir. Identifié comme Boonma Phadaeng, 56 ans, il aurait succombé à l’épuisement, aggravé par la chaleur extrême et une hypertension préexistante, selon les autorités locales.



