
Le sujet n’est pas nouveau et les médias le traitent régulièrement. Malheureusement, la situation ne s’améliore pas, ce qui entraîne de nouveaux développements.
La situation financière des hôpitaux publics thaïlandais devient critique. Selon les données de la Société des hôpitaux régionaux et généraux (RPH/GH), le fonds de roulement des unités de service relevant du ministère de la Santé publique est tombé à 22,7 milliards de bahts au premier trimestre de l’exercice 2026 (donc fin 2025), contre 82 milliards en 2023, 69 milliards en 2024 et un peu plus de 50 milliards en 2025. Pire encore, le solde net cumulé des 403 hôpitaux publics est désormais négatif, atteignant –11,35 milliards de bahts.
Un système universel fragilisé
Cette crise relance le débat sur la viabilité du système de couverture universelle, dit « carte dorée », instauré en 2002. Trente et une organisations médicales réclament une réforme de la loi fondatrice, notamment une restructuration du conseil de l’Office national de sécurité sanitaire (NHSO). Elles souhaitent une représentation accrue des hôpitaux régionaux et communautaires, estimant que ceux qui assurent directement les soins doivent peser davantage dans les décisions. En effet, l’efficacité reconnue du système de santé thaïlandais repose sur les dispensaires de province plus que sur les hôpitaux de luxe de la capitale.
Les coûts réels en question
Aujourd’hui, les hôpitaux reçoivent 8 350 bahts par patient hospitalisé, dont 3 505 bahts servent à payer les salaires. Les directeurs estiment que ce calcul ne reflète pas les coûts réels et entraîne une sous-compensation. Selon une étude interne, un tarif plus juste serait de 12 000 bahts. Ce montant, appelé AdjRW, correspond à un indice qui mesure la complexité d’un cas médical et la durée réelle du séjour.
Pressions démographiques et technologiques
Les hôpitaux doivent faire face à une demande croissante liée au vieillissement de la population et aux maladies chroniques. Les progrès médicaux améliorent les résultats, mais augmentent les dépenses. Environ 60 à 65 % des patients sont couverts par le système universel, contre 10 à 15 % par le régime des fonctionnaires et le reste par la Sécurité sociale (20 à 30 %). Ces deux dernières caisses remboursent davantage en fonction des coûts réels, accentuant le déséquilibre.
Appels à plus de transparence
Les organisations médicales demandent aussi la création d’un « superboard » pour superviser les trois grands fonds de santé et harmoniser les prestations. Elles critiquent la complexité des rapports financiers exigés par le NHSO et réclament une meilleure transparence, notamment sur les budgets de prévention.
Un défi politique majeur
Le ministre de la Santé, Pattana Promphat, se retrouve face à un dilemme : préserver l’accès universel aux soins, plébiscité par la population, tout en garantissant la soutenabilité budgétaire. Les professionnels de santé insistent : « Le système est bon pour le peuple, mais il faut ajuster sa structure pour qu’il reste viable. »
Avec des hôpitaux déjà en déficit et une demande médicale en hausse, la réforme du financement de la santé publique apparaît désormais comme une urgence nationale.
En France, la CMU ne couvre qu’environ 10 % de la population, alors qu’en Thaïlande, la “carte d’or” bénéficie à 60 % des habitants. Le débat devrait donc porter donc sur l’intégration des travailleurs de l’économie informelle dans un système où employeurs et salariés paient des cotisations sociales.



