Phiphat
Le Premier ministre Anutin Charnvirakul a assuré que la Thaïlande n’était pas encore au stade de déclarer une « urgence énergétique ». Alors que les rumeurs évoquaient un diesel à 60 bahts le litre, il a insisté sur le fait que l’approvisionnement revenait progressivement à la normale et que les autorités surveillaient de près la distribution dans tout le pays. Les gouverneurs des 76 provinces doivent désormais transmettre des rapports quotidiens, notamment à l’approche du festival de Songkran, période de déplacements massifs.
Une crise mondiale aux répercussions locales
Anutin a rappelé que la flambée des prix était avant tout liée aux tensions au Moyen-Orient, qui perturbent les marchés mondiaux. « Quand le conflit s’intensifie, il impacte tous les secteurs, pas seulement l’énergie », a-t-il déclaré, soulignant que la hausse des prix touchait aussi Singapour, les États-Unis ou la Malaisie. Le gouvernement privilégie la stabilité de l’approvisionnement plutôt qu’un contrôle artificiel des prix. La compagnie publique PTT a déjà commencé à importer du diesel raffiné pour renforcer les stocks et rassurer la population.
Des soupçons de conflit d’intérêts
Au cœur de la gestion de crise, le vice-Premier ministre et ministre des Transports, Phiphat Ratchakitprakarn, directeur du Centre de suivi de la situation au Moyen-Orient, a vu sa position fragilisée. Sa famille étant impliquée dans le secteur pétrolier, des voix dénoncent un possible conflit d’intérêts. Phiphat avait même présenté sa démission, refusée par Anutin, qui affirme qu’« avec une telle surveillance des médias, du public et du gouvernement, personne n’oserait tirer un bénéfice personnel ». Le Premier ministre assure qu’il ne laisserait passer aucune décision favorisant des intérêts privés.
Cette polémique n’est pas nouvelle : la Thaïlande a déjà connu des accusations de collusion entre responsables politiques et grands groupes énergétiques, notamment lors des précédentes hausses de prix du gaz et du pétrole. Les syndicats et partis d’opposition dénoncent régulièrement une « captation des bénéfices publics par les élites économiques ». Les économistes affirment que règne, en Thaïlande, un capitalisme de connivence.
Mobilisation sociale et contestation politique
La tension monte aussi dans la rue. Le 2 avril, plusieurs organisations syndicales, dont la Thai Labor Solidarity Confederation, appellent à des manifestations devant le ministère de l’Énergie, puis au siège du gouvernement. Elles dénoncent la hausse des prix, les pratiques jugées « non éthiques » de certains groupes d’affaires et la complicité de responsables politiques. Le People’s Reform Network a annoncé son soutien à ce mouvement.
Parallèlement, le Dr Tul Sitthisomwong, universitaire à Chulalongkorn, doit déposer une pétition réclamant un débat de censure contre Anutin, accusé de mauvaise gestion de la crise énergétique. L’opposition entend capitaliser sur le mécontentement populaire, alors que les files d’attente dans les stations-service et les hausses de prix alimentent la colère.
Maintenir la confiance
Face à ces critiques, Anutin insiste sur la transparence et la coordination gouvernementale. Il participe quotidiennement aux réunions de suivi, même sans être membre officiel du comité, pour « réduire l’anxiété du public ». Le Premier ministre martèle que la Thaïlande n’est pas en situation d’urgence et que l’approvisionnement reste sous contrôle. Mais entre la volatilité des marchés mondiaux, les soupçons de conflits d’intérêts et la mobilisation sociale, la confiance du public apparaît comme le véritable enjeu de cette crise.



