
Les découvertes récentes de milliers de tonnes de déchets électroniques et industriels dans les provinces de Rayong et Prachin Buri ont relancé le débat sur l’efficacité de la lutte contre les trafics environnementaux en Thaïlande. Face à la multiplication des scandales, des députés du Parti du Peuple appellent le gouvernement à frapper plus fort, tandis que les autorités promettent une offensive sans précédent contre les réseaux responsables.
La députée de Chonburi, Naruemat Piembandhit, estime que les opérations coup de poing menées ces dernières années n’ont pas permis de s’attaquer aux véritables responsables. Lors d’une récente inspection de 15 entrepôts à Rayong, les autorités ont découvert plus de 2 500 tonnes de déchets électroniques. Neuf bâtiments fonctionnaient sans licence d’exploitation industrielle.
Selon l’élue, malgré l’interdiction d’importer des déchets électroniques entrée en vigueur en septembre 2020, les trafiquants continuent d’introduire ces cargaisons en les déclarant comme simple ferraille. Elle réclame un renforcement des contrôles portuaires, le renvoi des cargaisons illégales vers leur pays d’origine ainsi que des enquêtes visant les réseaux financiers et les fonctionnaires soupçonnés de complicité.
Naruemat demande également l’adoption rapide de lois plus strictes sur les déchets électroniques, la mise en place d’un système numérique de traçabilité des déchets et l’obligation pour les exploitants de constituer des garanties financières destinées à la remise en état des sites pollués. Elle souhaite enfin des examens sanitaires et environnementaux dans les zones affectées.
De son côté, le député Poonsak Chanchampee juge que la réforme en préparation ne doit pas se limiter à alourdir les amendes. Le gouvernement envisage en effet de porter les sanctions pour déversement illégal de déchets industriels de quelques centaines de milliers de bahts à plusieurs dizaines de millions. Un durcissement que Poonsak soutient, tout en estimant qu’il ne réglera pas à lui seul le problème.
L’élu plaide pour l’introduction du principe de « responsabilité élargie du producteur », obligeant fabricants et importateurs à participer financièrement à la collecte et au recyclage des produits en fin de vie. Son parti défend un projet de loi couvrant l’ensemble des déchets municipaux, industriels et dangereux dans une approche intégrée.
En réponse, ce mardi, le ministre des Ressources naturelles et de l’Environnement, Suchart Chomklin, a annoncé une répression généralisée contre les usines impliquées dans le traitement illégal de déchets toxiques. Cette réaction intervient après l’incident survenu début octobre 2026 dans le district de Si Maha Phot, à Prachin Buri, où des inondations ont provoqué la fuite de lixiviats industriels (un liquide résiduel qui provient du passage de l’eau à travers des matériaux contaminés) et de résidus pétroliers issus d’un site de traitement des déchets, laissant apparaître une pellicule irisée à la surface des eaux et suscitant des inquiétudes sanitaires et environnementales.
Le ministre a promis des poursuites sévères, pouvant aller jusqu’au retrait définitif des licences et à la saisie des avoirs. En collaboration avec le Bureau de lutte contre le blanchiment d’argent (Anti-Money Laundering Office, AMLO) et le Département des enquêtes spéciales (Department of Special Investigation, DSI), les autorités entendent désormais démanteler les réseaux financiers derrière ces activités illégales et envoyer un message clair : les crimes environnementaux ne bénéficieront plus d’aucune protection.



