94 % du dépouillement comptabilisé
Les résultats provisoires des élections générales du 8 février en Thaïlande révèlent un paradoxe frappant : le Parti du peuple (PP) est arrivé largement en tête du vote populaire, mais n’a pas réussi à transformer cette avance en victoire parlementaire.
Selon la Commission électorale, après dépouillement de 94 % des bulletins, le Bhumjaithai du Premier ministre intérimaire Anutin Charnvirakul domine avec 194 sièges à la Chambre des représentants (400 élus directs + 100 « à la proportionnelle »), contre 116 pour le Parti du peuple et 76 pour le Pheu Thai. Le Klatham suit avec 56 sièges, tandis que les Démocrates ne sortent pas du marasme (25).
Les pourcentages des suffrages exprimés
Dans le scrutin de liste (100 sièges), le Parti du peuple a obtenu 9,73 millions de voix, soit environ 38,9 % des suffrages exprimés. Bhumjaithai suit avec 5,93 millions (23,7 %), Pheu Thai 5,13 millions (20,5 %) et les Démocrates 3,63 millions (14,5 %).
En additionnant les résultats de circonscription et de liste (ou « à la proportionnelle »), la photographie politique est claire :
| Parti | % des voix | Circonscriptions | Listes | Total sièges |
|---|---|---|---|---|
| Parti du peuple | 38,9 % | 85 | 30 | 115 |
| Bhumjaithai | 23,7 % | 175 | 19 | 194 |
| Pheu Thai | 20,5 % | 61 | 17 | 78 |
| Klatham | ~2 % | 55 | 2 | 57 |
| Démocrates | 14,5 % | 9 | 11 | 20 |
On notera que l’institut de sondage qui s’approchait le plus de ses résultats étant NIDA (PP 34 %, BJ 22 %, PT, 16 %). Le Parti du Peuple a donc fait mieux que prévu. Malheureusement, le parti n’a pas compris qu’il ne suffisait pas d’être performant « en moyenne », mais qu’il fallait remporter des circonscriptions.
Le Parti du peuple, qui a raflé l’entièreté de Bangkok (33 sièges), Nonthaburi (8) et presque tout Samut Prakan, confirme son implantation urbaine et son attrait auprès des électeurs progressistes. Mais le mode de scrutin, combinant circonscriptions et liste nationale, a favorisé Bhumjaithai, mieux implanté dans les provinces rurales où le clientélisme des familles claniques perdure.
On notera le hold-up réussi par Klatham, dont le leader a passé six ans en prison en Australie pour trafic de drogue, qui a obtenu 55 circonscriptions avec 2 % des voix. Une stratégie dont le Parti du Peuple ferait bien de s’inspirer.
Une victoire populaire sans traduction institutionnelle
Ce décalage entre le vote populaire et la répartition des sièges rappelle celui de 2023, où le Parti du peuple (alors Move Forward) avait déjà remporté le plus grand nombre de voix mais s’était vu écarté du pouvoir. Cette fois encore, les analystes estiment que Bhumjaithai formera une coalition avec Klatham, voire Pheu Thai, pour atteindre une majorité confortable autour de 260 sièges. Il pourra aussi compter sur les défections des députés qui volent au secours de la victoire.
Le leader du Parti du peuple, Natthaphong Ruengpanyawut, a reconnu la défaite, tout en soulignant que son parti reste la première force politique en termes de suffrages. « Le résultat reflète la volonté du peuple », a-t-il déclaré, laissant entendre que son mouvement assumera le rôle d’opposition.
Un scrutin marqué par un référendum
Parallèlement, les électeurs se sont prononcés sur une nouvelle constitution : 60 % ont voté pour, contre 32 %. Ce résultat pourrait ouvrir la voie à des réformes institutionnelles, mais leur mise en œuvre dépendra du futur gouvernement, dominé par Bhumjaithai. Par ailleurs, la composition de l’assemblée constituante découlera directement des résultats d’hier : elle risque donc d’être largement contrôlée par Bhumjaithai, un parti réputé réticent à toute avancée significative.
Conséquences économiques et politiques
La Bourse de Bangkok a réagi positivement, avec une hausse de près de 3 % dès l’annonce des résultats, les investisseurs saluant la perspective d’un gouvernement stable et conservateur, que la Cour constitutionnelle ne devrait pas dissoudre. Mais pour de nombreux observateurs, l’écart entre la volonté populaire et la mécanique parlementaire risque d’alimenter frustrations et tensions politiques.
En résumé, le Parti du peuple a remporté la bataille des urnes avec près de 40 % des voix, mais c’est Bhumjaithai qui s’impose largement au Parlement grâce à son implantation territoriale et au système électoral.



