Reconstitution d'un bureau de police australien dans le centre d'appel d'O'smach
Une opération inédite s’est déroulée fin janvier à la frontière thaïlando-cambodgienne. Le chef du renseignement de l’armée royale thaïlandaise, le lieutenant-général Teeranan Nandhakwang, a conduit une délégation composée d’attachés militaires de 20 pays et d’agents du FBI américain pour inspecter des sites soupçonnés d’abriter des réseaux de cyberescroquerie transnationale.
Une visite sous haute surveillance
La mission s’est concentrée sur le poste frontalier de Chong Chom, dans la province de Surin, face à O’Smach au Cambodge. Les autorités thaïlandaises affirment que plusieurs réseaux de scams ou centres d’appels, auparavant actifs dans la zone de Sa Kaeo–Poipet, se sont déplacés vers ce corridor frontalier. L’objectif de cette inspection était de montrer à la communauté internationale l’ampleur des activités criminelles et de renforcer la coopération contre ce fléau.
Le général de police Thatchai Pitaneelaboot, responsable de la lutte contre la cybercriminalité, a présenté les avancées des opérations menées dans la région. Des représentants de la société civile, dont Sunai Phasuk de Human Rights Watch, étaient également présents comme observateurs.
Des preuves accablantes
Les inspecteurs ont visité deux bases identifiées à O’Smach : O’Smach Resort et Royal Hill, un complexe de trois bâtiments de six étages utilisés pour héberger des escrocs organisés par nationalité (Vietnam, Singapour, Inde). Les autorités ont découvert des décors imitant des institutions officielles – faux commissariats, fausses agences bancaires – ainsi que des uniformes, des documents listant des victimes dans plusieurs pays (Vietnam, Chine, Malaisie, Australie, Singapour, etc.) et du matériel abandonné. Ces décors permettent de prendre des photos et des vidéos envoyées aux victimes afin d’accréditer le statut officiel des escrocs.
Selon le lieutenant-général Teeranan, ces éléments révèlent une organisation structurée, avec des processus de travail détaillés et une logistique impressionnante. Les preuves collectées seront transmises aux agences compétentes pour enquête.
Entre cybercrime et tensions militaires
La zone inspectée a été le théâtre de heurts en décembre 2025. L’armée thaïlandaise affirme avoir détecté des drones armés lancés depuis O’Smach, blessant plusieurs soldats. Les mouvements de véhicules lourds et la présence militaire ont ensuite confirmé que ces sites servaient aussi de bases opérationnelles.
Aujourd’hui, les forces thaïlandaises contrôlent environ 100 rai (16 hectares) de terrain lié aux mafias. Bien que des lumières soient encore visibles la nuit, aucune activité électrique interne n’a été constatée, suggérant un abandon partiel des installations.
Une coopération internationale cruciale
Les autorités estiment que 8 000 à 10 000 étrangers ont participé à ces opérations frauduleuses, avant de quitter O’Smach lors des interventions militaires du 8 décembre. La Thaïlande a demandé à plusieurs reprises l’aide du Cambodge, notamment pour identifier des victimes thaïlandaises de trafic et d’abus, mais affirme n’avoir reçu aucune assistance.
Le général Teeranan a précisé que toute conclusion sur d’éventuels liens avec des acteurs étatiques cambodgiens nécessiterait des enquêtes supplémentaires. En attendant, la Thaïlande maintient ses déploiements militaires et compte sur les mécanismes bilatéraux – Joint Boundary Commission et General Border Committee – pour gérer les discussions futures.
Cette inspection internationale marque une étape importante : la Thaïlande veut prouver qu’elle prend au sérieux la lutte contre les escroqueries transnationales, un phénomène qui mine la sécurité régionale et coûte des milliards aux victimes à travers le monde.
Au même moment, le Cambodge affirme avoir arrêté dimanche 2000 escrocs dans des centres d’appels à Bavet, près de la frontière vietnamienne. 1800 de ces criminels sont chinois.
S’il ne fait aucun doute que les autorités cambodgiennes s’attaquent délibérément aux mafias chinoises opérant sur son sol depuis quelques semaines, il n’en demeure pas moins que le phénomène est récent. Le gouvernement chinois aurait fermement incité son allié cambodgien à sévir. La remarque vaut aussi pour la Thaïlande.



