
Les cultivateurs de noix de coco du sud b de la Thaïlande tirent la sonnette d’alarme. Sur la péninsule de Sathing Phra, dans la province de Songkhla, le prix payé aux producteurs s’est effondré : de dix bahts par fruit il y a quelques mois, il ne reste plus que deux bahts, parfois un baht pour les fruits de moindre qualité. À ce niveau, la récolte ne couvre plus les coûts de production. Certains exploitants préfèrent laisser les noix sur les arbres, d’autres envisagent de couper leurs plantations.
Les agriculteurs accusent des centres d’achat liés à des intérêts chinois de dominer le marché et de fixer des prix artificiellement bas, comme le font des centrales d’achat européennes vis-à-vis des agriculteurs français. Un sénateur ayant reçu leurs plaintes estime que la chute ne s’explique pas seulement par une offre excédentaire, mais par des mécanismes de marché biaisés qui laissent les producteurs sans pouvoir de négociation.
Un marché déséquilibré
La Thaïlande produit environ 550 millions de noix de coco par an, dont plus de 80 % destinées au marché des jeunes noix exportées vers la Chine. En 2025, les volumes exportés ont progressé de près de 10 %, mais la valeur des ventes a chuté à 6,5 milliards de bahts. À Pékin, les prix de gros continuent de baisser, entraînant les cours thaïlandais dans leur sillage.
Decharut Sukkumnoed, directeur du Think Forward Center, souligne que la part revenant aux producteurs s’amenuise à mesure que les prix chutent. L’offre a bondi de plus de 55 % en 2025, alors que la demande n’a progressé que de 10 %. Résultat : une pression accrue sur les revenus des cultivateurs.
Des mesures jugées insuffisantes
Le gouvernement a placé la noix de coco sur sa liste de produits « surveillés », mené des inspections dans les centres d’achat et tenté d’intervenir en fixant un prix plancher de cinq bahts.
Le gouverneur de Songkhla, Ratthasart Chidchoo, a annoncé que l’Administration provinciale a acheté directement quelques fruits à 12 bahts l’unité pour les besoins gouvernementaux. Le ministère du Commerce dit subventionner 5 bahts par fruit, avec un quota de 40 000 noix de coco sur les 550 millions. Un plan stratégique décennal (2024‑2033) prévoit aussi la formation de 400 cultivateurs dès 2026 pour améliorer la productivité.
Mais en février 2026, le prix moyen payé aux producteurs n’était que de 3,20 bahts, contre 5,75 bahts en décembre.
Pour Decharut, il faut aller plus loin : absorber 20 millions de noix excédentaires pour les transformer, appliquer la loi sur les prix afin de réguler les acheteurs, soutenir les PME dans la valorisation des produits dérivés, et viser un prix de 7,5 bahts au troisième trimestre 2026.
Vers une mobilisation
Face à l’urgence, les producteurs menacent de manifester devant le Parlement si aucune action concrète n’est engagée. « Nous ne pouvons plus survivre à ce rythme », préviennent-ils. La crise de la noix de coco illustre une fois de plus la fragilité des petits exploitants thaïlandais face aux fluctuations d’un marché mondialisé dominé par de puissants acheteurs étrangers.



