
La Thaïlande fait face à une crise silencieuse, mais préoccupante : selon le Thailand Development Research Institute (TDRI), près de 65 % des adolescents de 15 ans savent lire les mots, mais peinent à en saisir le sens ou à analyser un texte. Une tendance qui alarme les spécialistes de l’éducation et qui met en lumière l’impact des réseaux sociaux sur les capacités de réflexion critique.
Lire sans réfléchir
Le président du TDRI, Dr Somkiat Tangkitvanich, a présenté ces résultats lors d’une conférence sur le développement de la lecture chez les jeunes. Les données issues du programme international PISA montrent que deux élèves sur trois se situent en dessous du « niveau 2 » de compétence : ils reconnaissent ou déchiffrent les mots, mais ne parviennent pas à comprendre l’intention ou la logique d’un texte.
L’effet des influenceurs
Paradoxalement, les jeunes Thaïlandais lisent plus qu’avant : le temps consacré à la lecture est passé de 80 minutes par jour en 2018 à 113 minutes en 2025. Mais cette lecture est souvent superficielle. Les réseaux sociaux et la culture des influenceurs encouragent une consommation rapide et passive de l’information. Les adolescents s’appuient sur des résumés ou des vidéos explicatives, sans exercer leurs propres « muscles analytiques ».
« Lire en ligne ou faire défiler des contenus est un acte passif », explique Dr Somkiat. « Quand les enfants se reposent sur des influenceurs ou l’IA pour résumer les arguments, ils perdent l’occasion de développer leur pensée critique. »
Une école trop axée sur la mémorisation
Le système éducatif est également pointé du doigt. Les cours de langue, centrés sur la mémorisation, « tuent la joie » d’apprendre, selon le TDRI. Les élèves, peu stimulés, se tournent vers les plateformes numériques qui offrent une gratification immédiate, mais peu de profondeur intellectuelle.
Pour inverser la tendance, Dr Somkiat plaide pour un investissement dans les compétences dites « Executive Function » (EF) dès la petite enfance. Favoriser le goût de la lecture dès les premières années serait, selon lui, un « investissement à haut rendement » pour préparer les citoyens à un monde dominé par l’intelligence artificielle et les mutations technologiques.
Retour au papier
Malgré l’ère numérique, le TDRI insiste sur l’importance des livres et des bibliothèques physiques. Les autorités locales sont invitées à développer des bibliothèques communautaires et des unités mobiles pour diffuser des ouvrages de qualité dans tout le pays.
« Les bibliothèques d’antan ne sont pas dépassées », affirme Dr Somkiat. « Elles restent essentielles pour nourrir la curiosité et la réflexion. »
Cependant, force est de constater que certains textes en thaï sont rédigés de manière si obscure qu’ils empêchent une compréhension rapide, phénomène que l’on retrouve également en français.



