
Chaque petit point représenterait un cadavre.
L’effondrement d’une tour en construction à Bangkok, suite au séisme de vendredi, a causé la mort d’une quinzaine de personnes, à date, soulevant de nombreuses questions sur la sécurité du chantier. Un scanner par satellite, a, en outre, détecté plus de 70 corps sous les décombres. Les sauveteurs, en utilisant des machines lourdes et des foreuses, ont récupéré 14 corps, tandis que 72 personnes restent portées disparues.
L’absence de plan complet du bâtiment et les parois épaisses compliquent les opérations de sauvetage. La plupart des victimes seraient coincées entre les étages 17 et 21, où elles se trouvaient pendant leur pause déjeuner. Les secours priorisent le sauvetage des survivants grâce à une coopération internationale.
Malgré des vidéos impressionnantes montrant des tours oscillant sous les secousses, cette structure est le seul bâtiment de Bangkok à avoir subi des dommages majeurs.
Le chantier, situé près du marché populaire de Chatuchak dans le nord de Bangkok, impliquait une filiale de China Railway Group (CREC) et son partenaire local, Italian-Thai Development (ITD). La tour de 30 étages devait abriter des bureaux de services de l’État chargés de la lutte contre la corruption et la « Cour des Comptes ».
« Nous devons déterminer où l’erreur s’est produite », a déclaré la Première ministre thaïlandaise, Paetongtarn Shinawatra, qui a ordonné une enquête sur les matériaux et les normes de sécurité du site. « Que s’est-il passé depuis le début du chantier ? Comment le projet a-t-il été approuvé ? », s’est-elle interrogée.
Des critiques initiales ont pointé du doigt les barres d’acier utilisées pour lier les blocs de béton, jugées trop fines ou de mauvaise qualité. Des tiges ont été extraites des décombres pour subir des tests techniques. Elles proviendraient d’une usine chinoise fermée par les autorités pour infractions. Ces matériaux, fabriqués par Xin Ke Yuan Steel Co, ont échoué aux tests de conformité. Le ministre thaïlandais de l’Industrie, Akanat Promphan, a révélé que ce fournisseur d’acier avait échoué aux tests de sécurité en décembre et pourrait voir sa licence révoquée.
En novembre, CREC avait déjà suscité la colère en Serbie après l’effondrement du toit d’une gare construite par l’une de ses filiales, causant la mort de 16 personnes en tout.
Italian-Thai Development (ITD) a présenté ses condoléances aux victimes du séisme, tout en affirmant être « confiant » que le drame n’affectera pas ses autres projets. Une grande partie des ouvriers sur les chantiers de Bangkok sont des Birmans mal rémunérés. La majorité des victimes de l’effondrement de la tour sont des ouvriers birmans, laotiens, cambodgiens et thaïlandais.
Roisai Wongsuban, de l’organisation Migrant Working Group, a signalé de nombreuses plaintes de migrants employés par des entreprises chinoises en Thaïlande concernant les normes de sécurité et le droit du travail. « Pour les entreprises chinoises, il n’y a pas de processus pour vérifier si les normes de travail sont respectées », a-t-elle déclaré. « Il y a toujours un déséquilibre de pouvoir entre l’employeur et l’employé. »
La Première ministre Paetongtarn Shinawatra a assuré que l’enquête ouverte lundi ne ciblerait pas « spécifiquement un pays ». « Nous ne voulons pas qu’un pays particulier pense que nous gardons uniquement les yeux sur lui », a-t-elle précisé. Pourtant, tous les regards se tournent vers la Chine, capable d’excellence sur son sol, mais qui considère que les habitants de certains pays peuvent se contenter de produits de mauvaise qualité.
La compagnie ferroviaire chinoise CREC n° 10, impliquée dans la construction, fait face à des accusations d’irrégularités commerciales. Le ministère du Commerce, dirigé par Pichai Naripthaphan, enquête sur ces infractions, notamment l’impossibilité de contacter l’entreprise et ses liens avec 13 autres sociétés soupçonnées du truquage de l’appel d’offres.
Une réunion prévue le 4 avril abordera les infractions relatives aux lois commerciales. Les actionnaires, thaïlandais et chinois, pourraient risquer des sanctions pénales sévères. CREC n° 10, enregistrée en 2018 avec un capital de 100 millions de bahts, est actuellement active dans la construction et les ressources humaines, mais ses activités suscitent des doutes.
China Railway No.10 a une histoire de normes de sécurité douteuses et d’allégations de corruption. Les activités internationales de CREC, acteur majeur des « nouvelles routes de la soie » sont désormais sous un examen accru.
Malgré sa reconnaissance dans les classements mondiaux (34e place au Fortune Global 500 en 2022) et son rôle clé dans le développement des infrastructures chinoises, le groupe fait face à des scandales de pots-de-vin impliquant ses filiales à l’étranger.
Sur le plan financier, CREC a connu un recul en 2024, avec une baisse de 7,8 % de son chiffre d’affaires et des fluctuations de son action après le tremblement de terre au Myanmar. La communauté internationale surveille de près ces enquêtes.
Le gouvernement mène des vérifications approfondies, avec des inspections sur les stocks d’acier saisis et une enquête sur d’éventuels prête-noms thaïlandais liés à China Railway No.10.
La Première ministre Paetongtarn Shinawatra demande les résultats de l’enquête dans un délai d’une semaine. Il s’agit d’un temps record en Thaïlande. Le Département des enquêtes spéciales (DSI) jouera un rôle clé, selon le ministre de la Justice.
Cette initiative reflète une volonté de revoir les politiques en matière de gestion des tremblements de terre, jugées insuffisantes. Des mesures renforcées à court et long termes, en particulier concernant l’éducation, sont prévues. L’enquête vise à identifier les causes et prévenir de futurs incidents. Le ministère des Affaires étrangères cherchera des conseils internationaux sur la gestion des tremblements de terre, tandis que le ministère de l’Éducation développera un cours de survie pour former les étudiants à réagir lors de crises futures.