
L’ombre du doute plane sur les élections générales du 8 février en Thaïlande. L’Ombudsman a adressé, lundi 16 février, une lettre officielle à la Commission électorale (EC), lui donnant sept jours pour expliquer l’utilisation de codes-barres et QR codes sur les bulletins de vote. Plusieurs plaignants estiment que ce procédé pourrait compromettre le secret du scrutin, garanti par la Constitution.
Un ombudsman ou « médiateur » est une autorité indépendante qui reçoit les plaintes des citoyens contre les administrations ou organismes publics. Il enquête pour vérifier si les institutions respectent la loi et les droits fondamentaux. Il peut demander des explications, recommander des corrections ou saisir une juridiction compétente. Son rôle est de protéger les citoyens, garantir la transparence et renforcer la confiance dans les institutions.
Une polémique autour du secret du vote
Selon les plaintes reçues, ces identifiants imprimés permettraient de relier un bulletin à un électeur, révélant ainsi son choix. Une telle pratique violerait l’article 85 de la Constitution et la loi organique sur l’élection des députés. L’Ombudsman doit désormais déterminer si ces accusations sont fondées. Si tel est le cas, le dossier sera transmis à la Cour constitutionnelle ; sinon, il sera classé.
Des recours multiples devant les tribunaux
La controverse ne se limite pas à l’Ombudsman. Un sénateur suppléant a saisi la Cour administrative suprême pour demander l’annulation du scrutin et la destruction des bulletins. Il accuse la Commission électorale de manquement grave à ses obligations en organisant un vote qui ne respecterait pas le principe de confidentialité.
Parallèlement, un réseau étudiant regroupant neuf universités, dont Chulalongkorn et Thammasat, a déposé une plainte auprès de la Cour administrative centrale. Les étudiants demandent l’invalidation du scrutin et l’interdiction de toute technologie permettant d’identifier les électeurs à l’avenir.
Pression académique et mobilisation citoyenne
La contestation gagne aussi le milieu universitaire. Pas moins de 209 professeurs et juristes ont signé une déclaration exigeant des clarifications urgentes de la part de l’EC. Ils soulignent que la transparence est indispensable pour restaurer la confiance dans le processus électoral. Les signataires mettent en garde contre toute tentative de réduire au silence les critiques, rappelant que le contrôle citoyen est un pilier de la démocratie.
Dans la rue, la pression s’intensifie. Trente-six organisations, menées par le collectif de jeunes observateurs We Watch, ont manifesté devant le siège de la Commission électorale. Elles réclament la démission de ses responsables et la publication détaillée des procédures de dépouillement, après des irrégularités présumées.
Une Commission sous tension
La Commission électorale, déjà critiquée pour sa gestion du vote anticipé du 1er février, se retrouve au centre d’une tempête politique et juridique. Elle doit répondre d’ici le 23 février aux accusations de violation du secret du vote. Deux Ombudsmans, Songsak Saichue et Yuttana Sanguanphokhai, examineront les explications avant de décider de la suite.
Un enjeu crucial pour la démocratie
Au-delà de la question technique des codes-barres, c’est la crédibilité du processus électoral qui est en jeu. Les recours devant les tribunaux, les mobilisations étudiantes et les appels des universitaires traduisent une inquiétude croissante : celle de voir le principe fondamental du vote secret remis en cause.
Dans un pays où la confiance dans les institutions reste fragile, la réponse de la Commission électorale sera déterminante. Elle devra convaincre qu’aucun électeur n’a été exposé et que le scrutin respecte les standards démocratiques. Faute de quoi, la Thaïlande pourrait être contrainte à organiser un nouveau vote, avec des conséquences politiques majeures.
En décembre 1957, entre deux coups d’État du maréchal Sarit Thanarat, des élections furent organisées, mais rapidement entachées de multiples fraudes. Revenir soixante-dix ans en arrière, en matière de maîtrise du processus électoral, ne représenterait en rien une victoire pour la Thaïlande. Notons qu’aucun des scrutins entre 1957 et 2026 n’a donné lieu à des fraudes.
Les élections sénatoriales de 2024 ont été manifestement frauduleuses, mais il ne s’agissait pas de scrutin universel.



