
La Commission électorale (EC) a annoncé, ou plutôt confirmé, mercredi soir les résultats « officiels » du scrutin général du 8 février 2026, ainsi que du référendum constitutionnel organisé le même jour. Mais loin d’apaiser les tensions, cette publication intervient dans un climat de défiance marqué par des accusations d’irrégularités et des appels à l’annulation pure et simple du vote.
Pour connaître le nombre de députés par formation politique, il faut ajouter le nombre d’élus au scrutin par circonscription avec le pourcentage obtenu au scrutin à la proportionnelle (+ ou – 1). Ainsi :
Bumjaithai 174 + 17 = 191
Parti du peuple 87 + 28 = 115
Pheu Thai 58 + 14 = 72
Référendum. Pour une nouvelle constitution 60 %, contre 32 %
Des recomptages et un nouveau scrutin localisés
Selon l’EC, les données de dépouillement sont désormais consultables sur son site ectreport69 et sur les plateformes provinciales. Les résultats couvrent les 400 circonscriptions et près de 100 000 bureaux de vote. Toutefois, certains décomptes restent incomplets : huit bureaux, dont un à Bangkok, doivent procéder à un recomptage, tandis qu’un bureau de la province de Phayao organisera un nouveau scrutin. L’EC assure que ces ajustements ne devraient pas modifier de manière significative les résultats globaux.
Officiellement, la Commission dispose de 60 jours pour certifier les résultats définitifs. Mais la pression politique et sociale est forte : les partis réclament une validation rapide afin de permettre la formation d’un nouveau gouvernement.
Une avalanche de plaintes
Depuis le scrutin, l’EC fait face à des milliers de plaintes. Les griefs portent sur des écarts entre le nombre de bulletins et celui des votants enregistrés, des erreurs dans la manipulation des urnes, des incohérences dans les totaux publiés en ligne, ou encore des comportements jugés inappropriés de certains agents électoraux. Plusieurs recours judiciaires ont déjà été déposés pour demander l’annulation nationale du scrutin.
La contestation s’est également exprimée dans la rue : des manifestants ont organisé un « référendum symbolique » visant à révoquer les membres de l’EC, dénonçant un manque de transparence et une gestion jugée chaotique.
La controverse des codes-barres
Au cœur des critiques figure l’utilisation de codes-barres et QR codes imprimés sur les bulletins. L’EC affirme qu’ils servent à lutter contre la contrefaçon et à sécuriser le processus. Mais des experts en informatique et des opposants politiques redoutent qu’ils puissent compromettre le secret du vote.
L’ancien juge constitutionnel Jaran Pukditanakul a averti que, si la preuve était apportée que ces codes permettent d’identifier les choix des citoyens, l’élection pourrait être déclarée anticonstitutionnelle et donc invalidée. Selon lui, la simple possibilité technique de relier un bulletin à un votant suffirait à violer le principe de confidentialité, même sans preuve d’utilisation frauduleuse.
De son côté, Natthaphong Ruengpanyawut, leader du Parti du peuple, a révélé qu’une faille informatique avait temporairement exposé des données sensibles liées au séquençage des électeurs. Il estime qu’un seul cas avéré de lien entre un numéro de séquence et un code-barres photographié pourrait suffire à invalider le scrutin. Des images de bulletins montrant à la fois le code et le choix marqué circulent déjà en ligne, alimentant les inquiétudes.
Une confiance fragilisée
Au-delà des aspects techniques, c’est la crédibilité de l’EC qui est en jeu. Les critiques dénoncent une conception défaillante du système et s’interrogent sur la nécessité d’attribuer un code unique à chaque bulletin, alors que des identifiants par lot auraient pu suffire.
Le dernier scrutin organisé par l’EC, les élections sénatoriales de 2024, avait déjà laissé un goût amer. Trois tours censitaires, des fraudes massives et un résultat largement perçu comme taillé sur mesure pour le Bumjaithai. Résultat : un fiasco électoral qui continue de faire des vagues.
La Division spéciale d’investigation (DSI), surnommée le « FBI thaïlandais », s’est saisie du dossier. Objectif : faire la lumière sur des malversations qui ont sérieusement entamé la crédibilité du processus électoral.
La Commission électorale devra convaincre qu’elle est capable de garantir un processus transparent et conforme aux principes démocratiques. Faute de quoi, la légitimité du futur gouvernement pourrait être durablement fragilisée.



