Yodchanan au milieu de ses troupes
La Thaïlande fait face à une crise éducative et sociale profonde : baisse du taux de natalité, retards de développement chez les enfants, décrochage scolaire massif et difficultés d’insertion professionnelle pour les jeunes diplômés qui, dans la réalité, arrivent sur le marché sans aucune formation. Plus de 422 000 enfants ont déjà quitté l’école, et les experts estiment que ce chiffre pourrait grimper de 10 % d’ici 2026.
Face à cette situation, les regards se tournent vers le nouveau ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, le professeur Yodchanan Wongsawat, également vice‑Premier ministre, du parti Pheu Thai. Son arrivée suscite l’espoir d’un changement de cap, tant les défis sont immenses.
Sompong Jitradap, consultant auprès du Equitable Education Fund, a dressé un tableau alarmant : retards de langage et de communication chez les enfants de 0 à 6 ans, problèmes de lecture et malnutrition entre 7 et 12 ans, grossesses précoces, drogues et harcèlement chez les adolescents, puis chômage chez les jeunes adultes. Il appelle le gouvernement, dirigé par Anutin Charnvirakul, à coordonner les politiques éducatives et sociales, en s’appuyant sur l’initiative « Thailand Zero Dropout ».
Quatre priorités sont identifiées : éradiquer les problèmes de drogue chez les jeunes, réformer l’éducation pour réduire les inégalités, soutenir les enfants à risque grâce aux technologies et à l’intelligence artificielle, et renforcer l’accompagnement des familles, dont 40 % sont jugées vulnérables.
Yodchanan Wongsawat, lui, a présenté une vision ambitieuse : faire de l’éducation un moteur de croissance et d’équité sociale, ce qui, n’importe où ailleurs, serait le simple minimum.
Il propose de relier infrastructures de transport et éducation, de créer des filets de sécurité pour les familles en crise, et de développer de nouveaux leviers économiques via la recherche et l’innovation. Parmi ses projets phares : positionner la Thaïlande comme hub régional de l’IA, moderniser l’agriculture grâce à la biotechnologie, promouvoir la biologie synthétique pour atteindre les objectifs « Net Zero », et établir un pôle médical et de bien‑être.
Il insiste également sur la réforme de la loi nationale sur l’éducation pour aligner les programmes sur les besoins de l’industrie, améliorer le bien‑être des enseignants et instaurer une gouvernance numérique pour réduire la corruption.
Reste à savoir si ce ministre saura transformer ses promesses en résultats concrets, puisqu’aucun ministre de l’Éducation n’y est jamais parvenu. Les attentes sont immenses, les urgences multiples. Mais pour la première fois depuis longtemps, un responsable politique semble vouloir affronter de front les failles du système éducatif thaïlandais.
Il convient toutefois de préciser que Yodchanan occupe le portefeuille de l’Enseignement supérieur. Le ministère de l’Éducation est dirigé par Prasert Jantararuangtong. Ancien ministre du Numérique, membre du Pheu Thai comme Yodchanan et partisan déclaré d’une réforme scolaire, son parcours laisse penser qu’il pourrait être disposé à engager des efforts pour améliorer le système éducatif thaïlandais.



