
La guerre qui secoue le Moyen-Orient ne se limite pas aux champs de bataille. Ses répercussions se font sentir bien au-delà, jusque dans les rues de Bangkok et les stations-service des provinces thaïlandaises. Dimanche, le Premier ministre par intérim Anutin Charnvirakul a présidé une réunion exceptionnelle au Parlement pour évaluer les impacts de la crise sur l’énergie, l’économie et la vie quotidienne des citoyens.
Des réserves suffisantes, mais la peur s’installe
Anutin a tenté de rassurer : la Thaïlande dispose de réserves de pétrole suffisantes pour couvrir la demande intérieure pendant 96 jours. Pourtant, les files d’attente interminables devant certaines stations-service montrent que la population reste nerveuse. Les rumeurs circulant sur les réseaux sociaux ont alimenté une ruée vers les pompes, malgré les appels du gouvernement à éviter la panique.
Le ministre des Finances par intérim, Ekniti Nitithanprapas, a confirmé que les grands fournisseurs – PTT, Bangchak, OR et PT – garantissent l’approvisionnement. Mais il a reconnu la nécessité de gérer finement la distribution, afin d’éviter les ruptures locales.
Une économie sous pression
Au-delà de l’énergie, les inquiétudes portent sur l’économie. La hausse des prix du diesel, prévue dès le 16 mars, risque d’alimenter l’inflation et de renchérir les exportations. Les autorités envisagent des mesures pour contenir l’augmentation des prix des denrées, mais reconnaissent que si les coûts agricoles restent élevés, la reprise économique pourrait être compromise.
Le commerce extérieur n’est pas épargné. Suphajee Suthumpun, ministre du Commerce par intérim, a souligné que la demande alimentaire croît au Moyen-Orient, offrant une opportunité aux entreprises thaïlandaises. Mais l’acheminement reste risqué, notamment via le détroit d’Hormuz. Des discussions avec l’Iran pourraient ouvrir la voie à des exportations accrues de produits alimentaires, tout en permettant d’importer énergie et engrais.
Cependant, le PIB de la Thaïlande pourrait se contracter de 2,3 % si le conflit se poursuit, selon l’Université de la Chambre de commerce thaïlandaise (UTCC).
Mesures de terrain et communication
Le ministère de l’Intérieur a ordonné aux gouverneurs provinciaux de renforcer la surveillance de la situation énergétique. Trois directives ont été émises : suivi quotidien des ventes de carburant, remontée immédiate des anomalies, et communication transparente. Objectif : éviter la désinformation et les comportements de stockage excessif.
Malgré ces assurances, certaines stations doivent distribuer des tickets de file d’attente ou limiter les volumes de carburant par véhicule. PTT et Bangchak ont même envisagé des plafonds de consommation, avant de revenir sur ces mesures pour ne pas accentuer la panique. Plusieurs stations-service situées près de la frontière thaïlando-birmane, à Mae Sot, province de Tak, ont été contraintes de suspendre temporairement la vente, le 15 mars, faute de carburant.
La menace des escroqueries
Comme souvent en période de crise, les arnaques prolifèrent. Le Centre de lutte contre la cybercriminalité (AOC 1441) a alerté sur de faux coupons de carburant circulant par SMS et réseaux sociaux. Ces messages frauduleux, imitant les grandes marques pétrolières, redirigent les victimes vers des sites – pièges. Plusieurs personnes ont déjà perdu des dizaines de milliers de bahts en croyant obtenir des réductions sur leur plein.
Une inquiétude palpable
Au-delà des chiffres et des annonces, c’est l’incertitude qui domine. Les consommateurs craignent une flambée des prix, les industriels redoutent des pénuries de matières premières, et les commerçants observent des comportements de stockage. Les gobelets en plastique, par exemple, se vendent à un rythme inhabituel, preuve que la peur d’une rupture d’approvisionnement gagne les marchés.
La Thaïlande n’est pas directement impliquée dans le conflit, mais son économie ouverte et dépendante des importations énergétiques la rend vulnérable. Les autorités insistent sur la solidité des réserves et la capacité de gestion, mais la population reste marquée par l’idée que la guerre, même lointaine, peut bouleverser son quotidien.



