
Cinq mois après les inondations meurtrières qui ont frappé le sud de la Thaïlande en novembre 2025, le drame continue de peser lourdement sur l’avenir des enfants. Selon les chiffres officiels, 723 établissements scolaires ont été endommagés dans la province de Songkhla, dont Hat Yai, laissant plus de 70 000 élèves sans accès régulier à l’éducation.
Entre le 19 et le 23 novembre, des pluies records ont submergé les défenses anti-crues et provoqué des dégâts massifs. Si les secours d’urgence ont permis de limiter les pertes humaines à 145 décès, la reconstruction des écoles reste lente et inégale. Dans certaines communes, comme à Ban Wang Rang, les bâtiments sont toujours inutilisables faute de fonds suffisants.
Lors d’une session parlementaire le 8 avril, l’opposante Rudklao Suwankiri (Parti démocrate) a dénoncé une « crise oubliée » et appelé à des aides directes pour les établissements scolaires, en plus du soutien aux ménages. Elle a cité le cas de “Grace”, une étudiante contrainte d’abandonner ses études après avoir perdu ses matériels d’apprentissage. Selon le Fonds pour l’éducation équitable, 3 100 boursiers de Songkhla risquent de décrocher, notamment dans les années charnières.
Le gouvernement reconnaît des dysfonctionnements. Le vice-ministre de l’Intérieur, Jeseth Thaised (Parti Bhumjaithai), a admis que la distribution des aides avait été inégale. Sur 16 000 foyers recensés, certains n’ont reçu que quelques centaines de bahts, tandis que 31 000 autres attendent encore l’évaluation des dégâts. Il promet désormais d’accélérer les versements, avec un plafond relevé à 88 000 bahts par foyer.
Face à la colère des députés, la Chambre des représentants a décidé de transmettre ces préoccupations au gouvernement et de créer une commission spéciale de 90 jours, placée sous l’autorité du Département de prévention et de gestion des catastrophes. Sa mission : suivre la mise en œuvre des politiques de secours et proposer des réformes pour éviter que les lenteurs administratives ne paralysent l’aide en cas de crise.
Au-delà des chiffres, le souvenir des inondations reste vif. Des milliers de familles ont vu leurs maisons détruites, leurs moyens de subsistance anéantis et leurs enfants privés d’école. Pour beaucoup, la catastrophe de Hat Yai illustre la fragilité des infrastructures face au dérèglement climatique et la nécessité d’une réponse plus rapide et équitable.
Les habitants du Sud de la Thaïlande ont toujours l’impression que « Bangkok » les oublie, le cas présent prouve qu’ils n’ont peut-être pas tort.



