
Le problème de la drogue chez les jeunes en Thaïlande a atteint un niveau critique. Cannabis, kratom et méthamphétamine sont désormais accessibles à une échelle inquiétante, selon une analyse de la Thai Health Promotion Foundation (ThaiHealth). Les chiffres sont alarmants : sur 13 631 mineurs poursuivis en 2024 pour d’autres délits, près de 9 000 avaient déjà consommé des stupéfiants. Certains étaient encore à l’école primaire, preuve que l’âge d’entrée dans l’addiction recule dangereusement.
Une crise qui s’enracine
La méthamphétamine reste la substance la plus répandue, mais la consommation de cannabis et de kratom a explosé depuis leur dépénalisation. Les pratiques se diversifient : certains mélangent produits chimiques pour renforcer l’effet, au risque de graves conséquences sanitaires.
Les réseaux sociaux et les plateformes en ligne sont devenus les principaux canaux de distribution. Sur X, près de 70 % des publications liées à la drogue utilisent des codes et des emojis pour contourner la surveillance. Les lieux de consommation se déplacent aussi : fini les espaces publics, les jeunes préfèrent désormais les chambres, villas privées ou resorts, plus discrets.
Le poids des montagnes
Dans le nord du pays, les communautés montagnardes comme les Lahu sont particulièrement touchées. Installés dans le tristement célèbre “Triangle d’or”, ces 300 000 habitants vivent à proximité des zones de production. Les drogues y sont moins chères et plus accessibles. “Les premières victimes sont les communautés frontalières”, rappelle Delphine Schantz, représentante régionale de l’ONU contre la drogue.
Les opportunités économiques y sont rares. Beaucoup de jeunes, faute d’alternatives, se tournent vers le trafic. “Le moyen le plus rapide de gagner de l’argent, c’est de produire et d’acheminer de la drogue”, explique le lieutenant-général Worathep Bunya, chargé des patrouilles d’interception.
Témoignages de survie
À Mae Ai, dans la province de Chiang Mai, Jawa Jabo, producteur de café épuisé par le travail et les tensions familiales, a replongé dans l’opium avant de chercher à s’en libérer par un rituel de purification. “À partir d’aujourd’hui, je dois arrêter”, confie-t-il après la cérémonie.
Sitthikorn Palor, 19 ans, élevé par un beau-père trafiquant, a quitté l’école très tôt. Après avoir servi de coursier pour la méthamphétamine, il a été pris en charge par une association locale. Aujourd’hui, il rêve d’ouvrir un garage. “Ils m’ont encouragé à changer. Normalement je n’écoute personne, mais eux, je les ai écoutés.”
Un système de santé saturé
La demande de soins explose : 260 000 personnes ont sollicité un traitement en 2025, bien au-delà des capacités du système public. La pénurie de psychiatres spécialisés en addictologie complique encore la prise en charge. “Il faut agir vite pour que les jeunes puissent retrouver une vie saine et productive”, alerte Satichai Arpornsiri, de Rocket Media Lab.



