
Chaque mois d’avril, la Thaïlande vit son rituel le plus redouté par des milliers de jeunes hommes : la loterie de la conscription. Rouge ou noir, une simple carte tirée au sort décide de deux années de service militaire… ou d’une exemption immédiate. Un marronnier qui revient chaque printemps, mais qui prend cette année une dimension particulière, sur fond de tensions persistantes avec le Cambodge.
Un tirage sous haute pression
Dans un gymnase de Bangkok, une soixantaine de jeunes de 18 à 29 ans attendent leur tour, sous les yeux de familles anxieuses. Les cartes noires libèrent, les rouges envoient à l’armée. Certains s’effondrent en découvrant leur destin, d’autres lèvent les bras au ciel, soulagés. « Je veux juste vivre comme un jeune normal », confie Jessada, 21 ans, après avoir tiré une carte noire. À l’inverse, Chakrit, employé de supermarché, accepte stoïquement sa carte rouge : « Je m’en remets au destin. »
Nationalisme et volontariat en hausse
Traditionnellement, l’armée fixe un quota de recrues par district. À Bang Sue, il fallait cette année 36 jeunes pour l’armée de terre, la marine et l’air. Quinze volontaires s’étaient déjà inscrits, laissant 21 places à tirer au sort. Au niveau national, près de 30 000 hommes se sont portés volontaires, soit une hausse de 50 % par rapport à 2024. Les analystes y voient l’effet direct des affrontements frontaliers avec Phnom Penh et d’une montée du nationalisme.
Un système critiqué mais enraciné
Si certains dénoncent une méthode archaïque et plaident pour un système basé sur le volontariat, d’autres estiment que le service militaire reste une étape honorable pour les jeunes Thaïlandais. Les appelés reçoivent logement, nourriture et un salaire mensuel d’environ 11 000 bahts, légèrement supérieur au minimum légal. Les diplômés peuvent servir un an, les volontaires seulement six mois.
Un marronnier qui interroge
Chaque avril, les images de jeunes hommes en larmes ou soulagés font le tour des médias, rappelant que la loterie militaire est autant un rituel social qu’un enjeu politique. Cette année, le contexte régional et la montée des tensions donnent au marronnier une gravité nouvelle.
En réalité, aucun appelé n’est destiné à combattre directement à la frontière. Au sein même de l’état-major, on reconnaît que cette conscription a une utilité limitée, essentiellement maintenue par précaution, “au cas où”.



