
Ce ne sont pas de simples histoires de “chiens écrasés”. En Thaïlande, les animaux de compagnie sont devenus un véritable phénomène social et économique, au point d’attirer l’attention des autorités. Dans un pays où de nombreux couples choisissent de ne pas avoir d’enfants, les chiens et les chats occupent désormais une place centrale dans la vie quotidienne. Mais cette passion entraîne aussi des conflits de voisinage et des risques juridiques.
Un marché florissant
Le secteur des animaux de compagnie pèse lourd : plus de 40 milliards de bahts par an (environ 1 milliard d’euros). Les ménages urbains dépensent en moyenne 3 000 à 5 000 bahts par mois pour un chien ou un chat, couvrant nourriture premium, soins vétérinaires, accessoires design ou encore pensions spécialisées. Les grandes enseignes proposent désormais des poussettes pour chiens, des hôtels pour chats et même des spas animaliers. Les animaux deviennent ainsi des substituts affectifs et un symbole de statut social.
Des tensions qui s’aggravent
Mais cette hypersensibilité autour des animaux provoque des frictions. La police thaïlandaise a récemment mis en garde contre les conflits liés aux chiens et chats laissés en liberté. Les disputes entre voisins peuvent dégénérer en violences ou en actes de cruauté animale, désormais considérés comme des crimes.
Le Animal Cruelty Prevention and Welfare Act B.E. 2557 (2014) prévoit jusqu’à 2 ans de prison et 40 000 bahts d’amende pour quiconque blesse ou tue un animal sans raison valable. Si l’animal a un propriétaire, l’auteur peut aussi être poursuivi pour dommages matériels en vertu de l’article 358 du Code pénal, avec des peines allant jusqu’à 3 ans de prison et 60 000 bahts d’amende.
Les propriétaires eux-mêmes sont légalement responsables : la négligence peut entraîner une amende de 40 000 bahts et une responsabilité civile complète en cas de dommages causés par l’animal. La police rappelle que les victimes doivent signaler les incidents aux autorités locales plutôt que de se faire justice elles-mêmes, sous peine de poursuites.
Un enjeu sanitaire
À ces tensions s’ajoute la menace de la rage. Entre le 1er janvier et le 20 février 2026, les autorités ont détecté la maladie chez 50 animaux sur 532 échantillons collectés dans 77 provinces, principalement des chiens. Un décès humain a été confirmé à Rayong. Le gouvernement met en garde contre la consommation de viande crue issue d’animaux morts de causes inconnues, rappelant que la rage est presque toujours fatale une fois les symptômes apparus.
Une société en mutation
Derrière ces chiffres, c’est toute une évolution sociale qui se dessine. Avec une natalité en chute libre et un coût de la vie élevé, de nombreux couples investissent dans leurs animaux comme ils le feraient pour des enfants. Mais cette sur‑valorisation transforme le moindre incident en affaire nationale, obligeant la police à intervenir.
En Thaïlande, les animaux de compagnie ne sont plus seulement des compagnons : ils sont devenus un enjeu économique, sanitaire et désormais policier.



