
La guerre en Iran, déclenchée dans un contexte régional déjà instable, ne se limite pas aux frontières du Moyen-Orient. Ses répercussions se font sentir bien au-delà, notamment en Thaïlande, pays fortement dépendant des importations de pétrole brut en provenance de cette région. Le Cabinet thaïlandais a ainsi réuni ses principales agences économiques et énergétiques pour anticiper les effets d’une crise pétrolière qui pourrait rapidement fragiliser l’économie nationale.
Une dépendance énergétique critique
La Thaïlande consomme en moyenne 124 millions de litres de produits pétroliers raffinés par jour, soit environ 3,13 millions de barils. Ses réserves actuelles s’élèvent à 8,055 milliards de litres, mais cette capacité reste limitée face à une éventuelle rupture prolongée des approvisionnements. Le pays demeure tributaire du Moyen-Orient pour ses importations de brut, ce qui le rend particulièrement vulnérable aux soubresauts géopolitiques.
Le ministère des Finances et celui de l’Énergie surveillent de près l’évolution des prix mondiaux. Lavaron Sangsnit, secrétaire permanent du ministère des Finances, a indiqué que le Fonds de stabilisation des carburants dispose encore d’une marge de manœuvre de 20 à 30 milliards de bahts pour amortir les chocs. Toutefois, si la situation s’aggrave, un décret d’urgence pourrait autoriser des emprunts supplémentaires, cette fois comptabilisés comme dette publique. La réduction des taxes sur les carburants reste envisagée, mais seulement en dernier recours.
Impact sur l’industrie et la consommation
Les effets de la guerre se manifestent déjà dans le secteur manufacturier. Les entreprises dépendantes des dérivés pétrochimiques, comme TOA Paints ou le fabricant d’aliments instantanés Mama, signalent des pénuries de matières premières pour leurs emballages et pigments. Mama, par exemple, fait face à un manque de matériaux pour conditionner ses nouilles, ce qui menace un secteur alimentaire clé.
Cette tension sur les intrants industriels illustre la fragilité des chaînes d’approvisionnement mondiales : une guerre localisée peut provoquer des ruptures dans des secteurs aussi divers que la peinture, l’alimentation ou les plastiques.
Mesures d’économie d’énergie
Le gouvernement a adopté des mesures immédiates pour réduire la consommation. Les fonctionnaires sont désormais autorisés à travailler à domicile, sauf pour les services publics essentiels. Dans les bureaux, la température des climatiseurs est fixée à 26°C et les tenues formelles sont allégées pour limiter la demande en énergie. Les voyages d’étude à l’étranger ont été suspendus, et des restrictions supplémentaires — comme l’extinction des enseignes lumineuses après 22 heures ou la fermeture anticipée des stations-service — pourraient être mises en place si la crise s’intensifie.
Le Premier ministre par intérim, Anutin Charnvirakul, a lui-même adopté une tenue décontractée pour incarner cette politique de sobriété énergétique. Les autorités estiment qu’une réduction de 5 % de la consommation pétrolière permettrait d’économiser environ 330 000 litres par mois, soit 10,45 millions de bahts, tandis qu’une baisse similaire de la consommation électrique représenterait une économie de 31 millions d’unités d’énergie.
Tourisme en recul
La guerre en Iran affecte également le tourisme, pilier de l’économie thaïlandaise. Les arrivées de visiteurs longue distance ont chuté de 13 % en une semaine, avec une baisse de 18 % en provenance d’Europe et du Moyen-Orient. Les marchés les plus touchés sont l’Allemagne, la Russie, le Royaume-Uni, la France et Israël. Entre janvier et début mars 2026, la Thaïlande a accueilli 7,24 millions de touristes, générant 356 milliards de bahts de revenus, mais ce chiffre reste en recul de 4,35 % par rapport à l’an dernier.
Une économie sous pression
La combinaison de la hausse des prix de l’énergie, des pénuries industrielles et du ralentissement touristique met en évidence la vulnérabilité de la Thaïlande face aux crises internationales. Le Cabinet a confié à l’Office de développement économique et social (NESDC) la mission de coordonner les scénarios d’impact et de proposer des réponses adaptées.
Au-delà des mesures d’urgence, cette situation rappelle la nécessité pour la Thaïlande de diversifier ses sources d’énergie et de renforcer sa résilience économique.



