
La Thaïlande veut se poser en « État de première ligne » pour ramener la paix en Birmanie. Le ministre des Affaires étrangères par intérim, Sihasak Phuangketkeow, a accueilli mercredi son homologue nommé par la junte birmane à Phuket. Objectif affiché : encourager le dialogue et la réconciliation après les élections organisées par le régime militaire en janvier, largement critiquées par l’opposition et les pays occidentaux.
Une rencontre sous haute surveillance
Sihasak insiste : ces discussions ne doivent pas être vues comme une reconnaissance du régime militaire birman. Mais pour de nombreux observateurs, l’image est délicate. Les groupes ethniques frontaliers, comme les Karen ou les Shan, redoutent que Bangkok ne légitime indirectement la junte. L’ASEAN, elle, reste divisée : certains États veulent isoler Naypyitaw, d’autres privilégient l’engagement.
Un voisin directement concerné
La Thaïlande partage une longue frontière avec la Birmanie. Les affrontements ont des répercussions immédiates : sécurité, flux de réfugiés, commerce transfrontalier. Bangkok se présente donc comme un acteur incontournable, capable d’ouvrir des canaux humanitaires et de pousser à la réduction des violences contre les civils.
Une proximité militaire historique
Mais la perception birmane complique la donne. L’armée thaïlandaise et l’armée birmane entretiennent des liens anciens, forgés dans une histoire marquée par les coups d’État dans les deux pays. Les deux institutions se connaissent, se comprennent et partagent une culture politique où l’armée reste centrale. Cette proximité nourrit la méfiance des opposants birmans, qui craignent que la Thaïlande ne serve de relais à la junte plutôt que de médiateur impartial.
Le rôle du Bumjaithai
Autre élément sensible : le gouvernement thaïlandais actuel, dominé par le Bumjaithai, est réputé proche de l’armée. Le fait que Sihasak, figure centrale de ce parti, mène ces discussions interroge. Ses propos, évoquant la possibilité que l’élection birmane devienne une « transition politique », ont été jugés complaisants par les militants pro-démocratie.
Une équation risquée
Pour Bangkok, la stratégie est claire : se présenter comme un pont entre Naypyitaw et la communauté internationale, tout en protégeant ses propres intérêts. Mais pour les Birmans, la question est de savoir si la Thaïlande agit en médiatrice neutre ou en alliée d’un régime militaire contesté.
Un avenir incertain
À court terme, la Thaïlande espère ouvrir des espaces de dialogue avec les groupes ethniques et faciliter l’aide humanitaire. Mais si son rôle est perçu comme une caution au pouvoir militaire, la méfiance pourrait s’aggraver et les combats se poursuivre.



