Lundi soir, le gouvernement a prêté serment devant SM le roi et a fait la photo de groupe.
Le cabinet thaïlandais a approuvé lundi la déclaration de politique générale du Premier ministre Anutin Charnvirakul, articulée autour de cinq grands axes, dans un contexte de tensions internationales et de flambée des prix de l’énergie. Le chef du gouvernement doit présenter cette feuille de route au Parlement ce 7 avril.
Selon Rachada Dhnadirek, porte-parole adjointe du gouvernement, la politique approuvée par le cabinet repose sur cinq piliers considérés comme essentiels pour affronter les turbulences actuelles.
Le premier concerne l’économie, avec l’ambition de stabiliser la croissance, de soutenir l’investissement et de préparer les industries d’avenir dans un contexte marqué par la hausse des prix de l’énergie.
Le deuxième axe touche aux affaires étrangères et à la sécurité, un domaine sensible alors que la crise au Moyen-Orient et les tensions régionales pèsent sur la stabilité et les approvisionnements.
Le troisième pilier est centré sur la société, avec des mesures destinées à réduire les inégalités, améliorer le bien-être et renforcer les filets de protection sociale.
Vient ensuite la dimension catastrophes et environnement, qui vise à mieux anticiper les aléas climatiques, les catastrophes naturelles et à promouvoir une gestion durable des ressources.
Enfin, le cinquième pilier concerne la réforme de l’administration publique et du cadre légal, avec l’objectif de transformer l’appareil d’État en un système plus stratégique et participatif, où l’administration devient facilitatrice plutôt que contraignante.
L’idée directrice est double : répondre aux urgences immédiates – flambée des prix, tensions géopolitiques, vulnérabilités sociales – tout en restructurant durablement le pays. Le gouvernement veut ainsi passer d’une logique de réaction à une logique de transformation, en s’appuyant sur une organisation par “clusters” stratégiques qui associent secteur public et privé. Cette approche doit permettre de mieux coordonner les efforts, d’accélérer la digitalisation des services publics et de renforcer la résilience de la société thaïlandaise face aux crises à répétition.
Aucune mesure concrète n’a été évoquée.
La crise au Moyen-Orient, qui perturbe l’approvisionnement en pétrole et en gaz, pèse lourdement sur la croissance. Les prix de l’énergie s’envolent, accentuant les difficultés des ménages et des entreprises. À cela s’ajoutent des défis sociaux et environnementaux persistants, ainsi que des menaces sécuritaires.
Mais cette politique suscite déjà des critiques. L’économiste Anusorn Tamajai, député du People’s Party, estime que les mesures ne reflètent pas la gravité de la crise énergétique mondiale. Selon lui, la concentration des revenus entre quelques privilégiés entretient une inégalité parmi les plus fortes au monde. Il avertit que la hausse des coûts frappera surtout les plus modestes et pourrait provoquer des mouvements sociaux.
Il juge le plan “Thailand Plus” trop limité, incapable de créer de nouvelles sources de revenus. L’endettement public pourrait dépasser 70 % du PIB d’ici 2027, menaçant la stabilité budgétaire et la notation du pays. Les PME, censées être soutenues, restent fragiles face au manque de financement et de compétitivité.
Autre point sensible : la corruption. L’indice de perception a chuté à son plus bas niveau en 19 ans, ce qui mine la confiance des investisseurs. Les chantiers publics et privés sont ralentis par la hausse des prix du pétrole, certains entrepreneurs abandonnant leurs projets.
Un sondage NIDA révèle par ailleurs une faible confiance dans les ministres technocrates chargés de piloter la crise. Plus de 77 % des répondants disent n’avoir aucune ou peu de confiance dans le ministre des Finances, et 66 % expriment peu ou aucune sympathie envers le gouvernement dans sa gestion de la crise.
Face à ces critiques, Anutin devra convaincre que sa politique en cinq piliers peut réellement amortir les chocs extérieurs et relancer une économie fragilisée par deux décennies de stagnation et de conflits politiques. Le débat parlementaire de ce 7 avril s’annonce donc décisif pour la crédibilité de son mandat.



