
La flambée des prix du pétrole, alimentée par le conflit au Moyen‑Orient, menace à la fois le quotidien des Thaïlandais et l’un des piliers de l’économie nationale : le tourisme. Le gouvernement annonce une série de mesures ciblées pour amortir le choc, tandis que les autorités locales multiplient les inspections afin de prévenir les abus.
Cinq groupes prioritaires
Ekniti Nitithanprapas, vice‑Premier ministre par intérim et ministre des Finances, a détaillé un plan d’aide visant cinq catégories clés.
- Les ménages vulnérables : environ 13,4 millions de personnes gagnant moins de 100 000 bahts par an recevront une aide via la carte de protection sociale, couvrant nourriture, électricité et gaz de cuisine.
- Le transport public et la logistique : près de 360 000 camionneurs et 30 000 opérateurs de bus pourraient bénéficier de coupons carburant ou de transferts directs via PromptPay. Les taxis, vans et motos‑taxis seraient également concernés.
- Les agriculteurs : ils auront accès à des engrais à prix réduit fournis par le ministère du Commerce, en plus de l’aide aux ménages vulnérables.
- Le secteur de la pêche : encouragé à passer au diesel B20, moins cher de 5 bahts par litre que le diesel classique.
- Les entreprises et contractants publics : ajustement du « K‑factor » pour refléter la hausse des coûts, et mise en place de prêts préférentiels.
Tourisme en danger
La crise énergétique frappe de plein fouet le tourisme, qui représente environ 12 % du PIB. Selon le ministère du Tourisme et des Sports, la Thaïlande pourrait perdre jusqu’à trois millions de visiteurs étrangers en 2026 si le conflit se prolonge, soit une baisse de près de 10 % par rapport à l’an dernier, une année déjà morose. L’impact financier serait colossal : 150 milliards de bahts de recettes en moins.
Le pays visait 35 millions de visiteurs cette année, mais pourrait retomber au niveau de 2023 (28 millions). Même si la guerre s’arrêtait fin mars, la perte serait d’un à deux millions de touristes. Les compagnies aériennes, confrontées à des coûts de carburant record, réduisent leurs vols ou augmentent fortement leurs tarifs, incitant les voyageurs à annuler.
Miser sur les voyageurs fortunés
Pour compenser, la Thaïlande veut séduire davantage de touristes du Moyen‑Orient, réputés gros dépensiers (80 000 bahts par séjour en moyenne, contre 61 000 pour les Européens). Des campagnes ciblées seront financées en redirigeant les budgets initialement prévus pour l’Europe et les États‑Unis. Le pays met aussi en avant ses services médicaux haut de gamme, avec des hôpitaux privés comme Bumrungrad ou Bangkok Hospital en vitrine.
Cependant, la Thaïlande n’a jamais réussi à « monter en gamme », freinée par des handicaps structurels persistants : faible maîtrise de l’anglais, réseau ferroviaire limité et peu qualitatif, pollution récurrente… Autant de facteurs qui rendent difficile l’attractivité du royaume auprès des voyageurs les plus fortunés.
Contrôles renforcés
Sur le terrain, les gouverneurs provinciaux intensifient les inspections dans les stations‑service et dépôts de carburant pour éviter la spéculation et le stockage abusif. Le ministère de l’Intérieur exige des rapports quotidiens sur les stocks et les ventes. Des centres de plainte ont été ouverts pour signaler les irrégularités.
Parallèlement, le ministère du Commerce a élargi la liste des produits contrôlés à 71, dont 21 nécessitent une autorisation préalable pour toute hausse de prix. Les inspections menées dans 16 provinces ont déjà relevé 14 infractions, principalement liées à l’absence d’étiquetage. Des programmes « Blue Flag » et « Green Flag » vont être renforcés pour offrir des biens essentiels à prix réduit et des engrais moins chers.
Une équation délicate
Entre soutien aux ménages, maintien de l’activité économique et sauvegarde du tourisme, le gouvernement tente de contenir une crise aux multiples facettes. Mais la dépendance au pétrole et l’incertitude géopolitique laissent planer un doute : la Thaïlande pourra‑t‑elle préserver sa modeste croissance sans sacrifier son attractivité et le pouvoir d’achat de ses citoyens ?
Enfin, le gouvernement pourrait baisser les taxes sur les carburants pour maîtriser les prix à la pompe.



