Cette photo ne prouve rien. Anutin et Ben Smith n'était probablement pas en relations d'affaires. Mais elle montre que Ben Smith connaissait tout le monde.
Un milliard de bahts envolés, des investisseurs floués, et des suspects qui ont eu le temps de quitter le pays avant que la justice ne se décide à agir. L’affaire Ben Smith, alias Benjamin Mauerberger, et de son épouse Katriya Beaver, interroge : pourquoi les mandats d’arrêt n’ont-ils été délivrés qu’en février 2026, alors que les premières plaintes remontent à… 2016 ?
Selon les enquêteurs, le Sud-Africain s’était construit une image d’expert en investissements, multipliant les contacts politiques et les opérations crédibles pour gagner la confiance de ses victimes. Mais derrière cette façade, les projets s’enchaînaient sans jamais se concrétiser : actions dans des sociétés cotées, achat d’un jet privé, investissements immobiliers ou énergétiques… autant de promesses qui se sont révélées frauduleuses.
Pourtant, malgré les signaux d’alerte, les autorités n’ont pas agi rapidement. Les victimes ont continué à injecter des centaines de millions de bahts, et le couple a pu quitter la Thaïlande en 2025, un an avant l’émission des mandats.
La question se pose : pourquoi avoir attendu si longtemps ? Les procédures complexes, la nécessité de recouper les flux financiers, ou encore la difficulté à prouver l’intention frauduleuse expliquent en partie cette lenteur. Mais certains observateurs pointent aussi la puissance des réseaux de Mauerberger, capable de retarder les enquêtes.
Le fait que l’affaire soit liée à un vaste réseau de blanchiment d’argent, avec des ramifications internationales, a sans doute contribué à ralentir la machine judiciaire.
Toute la Thaïlande connaît les liens des puissants de tous bords avec l’escroc depuis septembre 2025, lorsqu’un ministre a été contraint de démissionner.
Par la suite l’opposition a reproché au Premier ministre Anutin Charnvirakul son manque d’empressement pour lutter contre le blanchiment en Thaïlande. Depuis, Anutin a dû donner des gages et a cessé de retenir ses coups contre les mafias.
Les raids menés fin février dans six lieux de Thaïlande ont permis de saisir ordinateurs, téléphones et documents financiers. Les enquêteurs soupçonnent des transferts vers des complices, même si aucun n’a encore été inculpé. Parallèlement, la justice civile a ordonné la saisie temporaire de plus de 12 milliards de bahts d’actifs liés au réseau : terrains, condos, véhicules, yacht et dépôts bancaires.
Cette saisie préventive illustre l’ampleur du dossier, mais aussi le retard accumulé : il a fallu près de dix ans pour que les autorités bloquent les avoirs.
L’affaire prend aussi une tournure politique. Mauerberger a attaqué en diffamation l’élu Rangsiman Rome, Parti du Peuple, qui avait dénoncé ses liens avec des réseaux de fraude et de blanchiment. Le procès est prévu en 2027. Là encore, la lenteur des procédures contraste avec la rapidité des escroqueries.
La réponse tient sans doute à la pression croissante des victimes étrangères, au durcissement des règles anti-blanchiment et à la volonté des autorités thaïlandaises de montrer qu’elles agissent. Mais cette arrestation tardive laisse un goût amer : si les mandats avaient été délivrés plus tôt, le couple n’aurait pas eu le temps de quitter le pays.
En définitive, l’affaire Ben Smith illustre les failles du système judiciaire lorsque le suspect peut éclabousser une grande partie de la classe politique. Bien sûr, comme dans l’affaire Epstein, avoir rencontré Ben Smith ne signifie pas qu’on a commis un délit.



