
Les revendeurs thaïlandais tirent la sonnette d’alarme : le prix du piment frais atteint des sommets historiques, jusqu’à 350 bahts le kilo dans certaines provinces du sud. À Satun, les fameux bird’s eye chillies (piments « œil d’oiseau ») se négocient entre 300 et 350 baht/kg, tandis que les Jinda rouges plafonnent à 250 bahts/kg. En cause, les inondations de novembre dernier qui ont ravagé les cultures, suivies d’une saison sèche qui réduit drastiquement les rendements. Résultat : une offre insuffisante face à une demande qui reste constante.
Dans le nord-est, à Khon Kaen, les prix ont également explosé : 200 bahts/kg pour les piments frais, contre seulement 50 bahts il y a quelques mois. Une vendeuse de som tam (salade de papaye), forte de trente ans d’expérience, affirme n’avoir jamais vu de tels tarifs. Pour limiter les pertes, elle s’est tournée vers les piments secs, eux aussi plus chers (200 bahts/kg), mais plus légers et plus faciles à stocker. Les préparateurs de pâtes de curry, eux, absorbent la hausse sans répercuter le prix sur les clients, réduisant leurs marges à peau de chagrin.
Un ingrédient vital de la cuisine thaïlandaise
Le piment est bien plus qu’un condiment en Thaïlande : il est au cœur de l’identité culinaire nationale. Du som tam aux currys, en passant par les sauces de rue, il incarne la puissance aromatique et l’équilibre entre piquant, sucré et acide. Les variétés locales jouent chacune un rôle précis :
- Les bird’s eye chillies (rouges ou verts), petits mais redoutables, apportent une chaleur intense aux plats.
- Les Jinda rouges, plus longs, sont prisés pour leur parfum et leur piquant modéré, parfait pour les currys.
- Les garden bird’s eye et les green bird’s eye offrent des nuances plus fraîches et végétales, souvent utilisées dans les sauces ou les plats sautés.
Cette flambée des prix menace directement les vendeurs de rue et les restaurateurs, piliers de la gastronomie thaïlandaise. Elle rappelle aussi la fragilité d’une chaîne alimentaire dépendante des aléas climatiques. Les autorités espèrent une baisse d’ici deux mois, mais, en attendant, les consommateurs devront s’habituer à payer plus cher pour ce petit fruit qui fait vibrer les papilles et symbolise l’âme épicée du pays.



