
Le gouvernement thaïlandais a convoqué lundi matin une réunion de crise avec le Conseil national de sécurité afin de coordonner les mesures d’évacuation de ses ressortissants. Le Premier ministre par intérim, Anutin Charnvirakul, a insisté sur la neutralité de la Thaïlande dans le conflit qui oppose désormais directement les États-Unis et Israël à l’Iran, tout en soulignant que la priorité absolue reste la sécurité des dizaines de milliers de Thaïlandais vivant et travaillant dans la région.
Sur le plan énergétique, le ministre Attaphol Rerkpiboon a annoncé la suspension immédiate des exportations de pétrole et l’activation d’un centre de suivi d’urgence. La Thaïlande dispose actuellement de 7,66 milliards de litres de réserves, soit environ 60 jours de consommation, mais le gouvernement se dit prêt à utiliser le Fonds pétrolier pour stabiliser les prix en cas de flambée mondiale.
Le ministère des Affaires étrangères a publié un nouvel avis conseillant aux Thaïlandais résidant en Iran et en Israël de quitter les zones à risque si des vols commerciaux restent disponibles. L’avertissement intervient après des frappes israéliennes coordonnées avec les États-Unis contre des sites iraniens, suivies de menaces de représailles de Téhéran. Les autorités thaïlandaises déconseillent également tout voyage non essentiel vers la région.
Les répercussions se font déjà sentir dans le transport aérien : Airports of Thailand a indiqué que 134 vols ont été affectés depuis samedi, dont 99 annulés, principalement à Suvarnabhumi et Phuket. Plusieurs compagnies – Emirates, Qatar Airways, Etihad ou encore Thai Air Asia X – ont suspendu leurs liaisons avec le Moyen-Orient.
Sur le plan économique, le ministre des Finances Ekniti Nitithanprapha a mis en place une “War Room” pour évaluer les impacts sur l’énergie, le commerce, le tourisme et les marchés financiers. Le ministère du Commerce a demandé à ses 58 bureaux de veille commerciale à travers le monde de suivre de près l’évolution des échanges et des routes maritimes. Les experts préviennent que la fermeture du détroit d’Ormuz pourrait faire bondir le prix du baril de Brent au‑delà de 100 dollars si le conflit se prolonge.
Les entrepreneurs du secteur du tourisme demandent, dès maintenant, une aide du gouvernement, car ils prévoient des mois difficiles.
Dr Poj Aramwattananont, président de la Chambre de commerce thaïlandaise, a lancé un avertissement sur l’instabilité mondiale et la flambée des primes d’assurance avant de rencontrer le Premier ministre pour définir des mesures d’urgence. Il a souligné la vulnérabilité stratégique du détroit d’Ormuz, dont une fermeture provoquerait immédiatement une hausse du coût de la vie en Thaïlande. Parmi les menaces identifiées : la hausse inévitable des prix du carburant, des primes de “risque de guerre” déjà en hausse de 50 %, la stagnation des exportations et l’allongement des routes maritimes vers l’Europe. Le secteur privé appelle l’État à soutenir la liquidité des PME et à renforcer la diplomatie économique pour sécuriser les échanges. Malgré les incertitudes, Dr Poj estime que l’agriculture et l’agroalimentaire thaïlandais pourraient profiter d’une demande accrue en tant que fournisseurs stables.
Enfin, la volatilité s’étend aux marchés de l’or : plusieurs bijouteries ont suspendu leurs ventes, tandis que d’autres limitent les achats. Les prix pourraient dépasser les 80 000 bahts par « baht d’or », et atteindre 100 000 bahts si la guerre s’intensifie. La Bourse de Thaïlande, de son côté, assure qu’elle reste ouverte, mais se tient prête à activer des mécanismes de contrôle en cas de fortes turbulences. Elle a ouvert en baisse lundi.
En résumé, la Thaïlande tente de conjuguer évacuation humanitaire, gestion énergétique et stabilité économique face à une crise régionale qui menace de s’étendre et de peser lourdement sur l’économie aussi bien locale que mondiale.



