Infographie de Spacebar
La guerre opposant les États-Unis et Israël à l’Iran commence à peser lourdement sur les exportations thaïlandaises. Les routes maritimes du Moyen-Orient sont désormais considérées comme à haut risque, entraînant retards, coûts supplémentaires et cargaisons bloquées. Certaines compagnies maritimes refusent même d’acheminer des marchandises vers la région, obligeant les exportateurs à stocker leurs produits dans des ports relais comme Singapour ou à les rapatrier en Thaïlande.
Assurance et fret en forte hausse
Le principal facteur de surcoût est l’assurance « risque de guerre », qui a explosé. Un conteneur de 20 pieds coûte désormais environ 2 000 dollars à assurer, contre 300 à 1 000 dollars en temps normal. Pour un conteneur réfrigéré, la prime atteint 4 000 dollars. À cela s’ajoutent des tarifs de fret quasiment doublés sur certaines routes, conséquence des détours imposés pour éviter le détroit d’Ormuz ou la mer Rouge. Les compagnies privilégient les grands clients capables de payer ces hausses, laissant les petits exportateurs en difficulté.
Des milliards bloqués en transit
Selon le Conseil national des exportateurs, près de 32 milliards de bahts de marchandises thaïlandaises seraient actuellement coincés dans le système logistique, incapables d’atteindre leurs destinations. Les pertes sont estimées à 33 milliards de bahts par mois, soit plus de 8 milliards par semaine. Les exportations vers le Moyen-Orient représentent environ 5 % du total national, soit 400 milliards de bahts par an.
Témoignages d’entreprises
Ong-art Veerachartyanukul, directeur de Copeland (Thailand), fabricant de compresseurs basé à Rayong, explique que 80 % de sa production est destinée à l’export, principalement vers le Moyen-Orient. Il constate une panique des consommateurs à Dubaï, où les rayons se vident par crainte de fermetures portuaires. Malgré l’incertitude, il reste confiant dans une reprise rapide une fois la guerre terminée, les besoins en climatisation étant vitaux dans la région.
Risques prolongés et mesures gouvernementales
L’économiste Aat Pisanwanich rappelle que 70 % des exportations thaïlandaises vers le Moyen-Orient vont aux pays du Conseil de coopération du Golfe (Émirats, Arabie saoudite, Qatar, Bahreïn, Koweït, Oman). Si la crise dure encore deux mois, les pertes pourraient atteindre 60 milliards de bahts. Le ministère du Commerce, conscient de l’impact indirect sur l’énergie et la logistique mondiale, a annoncé six mesures : surveiller les prix pour éviter les hausses abusives, diversifier les sources d’importation, aider les exportateurs à absorber les coûts, coordonner avec les compagnies maritimes, mobiliser les conseillers commerciaux et suivre l’impact sur l’inflation.
Une crise logistique mondiale
Au-delà des chiffres, cette crise illustre la fragilité des chaînes d’approvisionnement mondiales. Les exportateurs thaïlandais, déjà confrontés à la volatilité des prix de l’énergie, doivent désormais composer avec des délais imprévisibles et des coûts multipliés. Si les routes vers l’Europe et les États-Unis restent ouvertes, la dépendance au Moyen-Orient expose la Thaïlande à des pertes considérables tant que le conflit perdure.



