
À quelques jours du scrutin du 8 février, un sujet longtemps relégué dans l’ombre s’invite dans le débat politique thaïlandais : la condition des travailleurs du sexe. Lors d’un forum organisé par la fondation Swing, intitulé Sex (Worker) and the City et tenu dans le quartier animé de Soi Cowboy à Bangkok, plusieurs partis ont affiché leur volonté de mieux protéger une profession encore criminalisée par la loi.
Un secteur massif mais toujours illégal
Malgré son poids économique et social, le travail du sexe reste interdit en Thaïlande sous la loi de prévention et de répression de la prostitution. Depuis octobre 2023, il est toutefois classé comme « infraction réglementaire », une étape vers une possible décriminalisation. Mais dans les faits, les travailleurs continuent de subir extorsions, abus et absence de protection légale.
Les partis qui montrent de la compassion
- Pheu Thai : la candidate Patdarasm Thongsaluaykorn a reconnu que de nombreuses familles dépendent de ce revenu. Elle plaide pour que les travailleurs du sexe soient intégrés dans le cadre légal des lieux de divertissement et bénéficient de la protection sociale. « Ce n’est pas une question de morale mais d’inégalités », a-t-elle insisté.
- People’s Party : Natthaya Boonphakdi a défendu une approche fondée sur les droits humains. Pour elle, la décriminalisation est indispensable pour mettre fin à la discrimination. Le parti promet aussi une loi anti-discrimination et un accès immédiat à la protection sociale.
- Movement Party, un petit parti : Son leader, Kannavee Suebsaeng, a martelé que « sex work is work ». Il estime que l’État n’a pas à décider de l’usage du corps des individus. Il veut inscrire la profession dans les normes de l’Organisation internationale du travail et réformer les lois pour garantir une égalité de traitement.
- Thai Sang Thai, un modeste parti né d’une scission de Pheu Thai : Best Wongpairojkul a appelé à sortir le métier de l’ombre et à sensibiliser la société. Il s’interroge toutefois sur l’impact d’un passé dans le travail du sexe sur l’avenir professionnel des personnes concernées.
- Democrat Party : Issara Sunthornwat a reconnu que les lois actuelles alimentent la corruption et l’exploitation. Bien que son parti n’ait pas encore tranché sur la décriminalisation, il promet de renforcer les contrats des travailleurs informels et de lutter contre la traite humaine.
Un enjeu social et politique
Ces prises de position marquent un tournant : pour la première fois, plusieurs partis affichent une compassion ouverte envers une profession longtemps stigmatisée. Les travailleurs du sexe espèrent que ces promesses se traduiront en politiques concrètes, au-delà des débats électoraux.
On notera que les partis proches de l’armée comme le Bumjaithai n’ont pas participé à la rencontre et ne se sont pas exprimés sur le sujet.
Alors que la Thaïlande s’apprête à voter, la question du travail du sexe illustre un enjeu plus large : celui de la reconnaissance des métiers précaires et de la lutte contre les inégalités. Pour les partis qui s’engagent, il s’agit de montrer que la dignité et les droits fondamentaux ne doivent pas s’arrêter aux portes des bars de Bangkok.



